Au Danemark, l’abdication en douceur de la reine démontre la capacité de la monarchie à se perpétuer

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La reine Margrethe II du Danemark vient d’annoncer son abdication après plus de 50 années de règne. Une décision murement réfléchie, mais qui donne aussi à penser. Le Danemark aurait-il cessé d’être le pays de la juste mesure ?

Je suis désolé de donner tort à Shakespeare, il y a quelque chose de joli au royaume de Danemark (peuplé de 5,9 millions de sujets). Sans tambour ni trompette, la reine Margrethe II va quitter le trône et céder sa place à son fils aîné, Frederik, qui règnera sous le nom de Frederik X dès le 14 janvier prochain. C’est ainsi que cela se passe, sur un simple discours, avec la rigueur luthérienne, exactement comme cela s’est produit en 2013 lors de l’abdication de la reine Beatrix des Pays-Bas, qui est, elle, calviniste, en faveur de son fils Willem-Alexander.

Frederik André Henrik Christian, le nouveau souverain, est à la fois passionné de voitures de sport, de boîtes de nuit aussi, et nageur de combat dans le corps d’élite de l’armée danoise. Il est également passionné par les raids dans le Grand Nord et très engagé dans le combat contre le réchauffement climatique. Mais il aura d’emblée fort à faire, ne serait-ce que pour conserver l’aura qu’avait sa mère. Récemment encore, Frederik s’est vu reprocher son escapade en solitaire à Madrid tandis que son épouse effectuait un voyage officiel.

Lorsque la couronne s’affaiblit, on change de tête

Mais, nous Français, resterons indulgents : le nouveau roi, qui met fin à un demi-siècle de royauté féminine, est le fils d’Henri de Montpezat, époux de Margrethe et prince consort, il est donc francophone et sa belle-sœur, l’épouse de son frère Joachim, est née française. J’ajoute que Frederik a été premier secrétaire à l’ambassade du Danemark à Paris d’octobre 1998 à octobre 1999.

Derrière le cérémonial, il y a une autre signification à cette transition douce. La monarchie a le don inné de savoir se perpétuer ; lorsque la couronne s’affaiblit, on change de tête. Depuis la mort de son époux Henrik, la reine Margrethe était sur le retrait, en se livrant à ses activités artistiques plutôt qu’à son rôle officiel. Une opération du dos a finalement emporté sa décision d’abdiquer.

Une immigration réussie au Danemark, sur fond de fermeté

Frederik, plus moderne, va régner sur un pays certes rendu célèbre, notamment en France, par son modèle économique nommé « flexisécurité » – à la fois social et libéral-pragmatique. Mais il y a un autre exemple à retenir, en ce qui concerne l’immigration, sujet brûlant.

Le cas du Danemark démontre que la fermeté dans ce domaine permet une bien meilleure intégration. Aujourd’hui, le pays ne compte plus qu’un millier de demandeurs d’asile, contre 20.000 en 2015, et cette politique migratoire fait consensus : la générosité ne peut pas se faire au prix d’une immigration incontrôlée. L’humanité de l’accueil, les aides sociales, les cours de langue danoise, tout est mieux distribué quand les flux sont régulés et contrôlés.

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Avec Frederik, comme avec Margrethe, le Danemark aura encore des leçons à nous donner. En 1948, le roi Farouk d’Égypte avait déclaré : « Le monde entier est en révolte. Bientôt il ne restera plus que cinq rois – le roi d’Angleterre, et puis ceux de Pique, de Trèfle, de Cœur et de Carreau ». Eh bien, il s’est complètement trompé.

Christian Makarian

 

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