Le Danemark interdit les autodafés du Coran, est-ce le signe d’un recul des libertés publiques ?

SOPA Images/SIPA

Après de longs débats, le Danemark a adopté jeudi 7 décembre une loi interdisant les autodafés du Coran. Avec cette mesure mise en place dans le pays même où furent publiées les caricatures de Mahomet, les courants d’extrême-droite européens viennent de trouver un nouveau sujet de ralliement.

Comment le royaume du Danemark, qui a publié les caricatures de Mahomet en assumant tous les risques qui y sont afférents, peut-il se retourner au point d’en venir à punir tous ceux qui profanent aujourd’hui le Coran ?

En 2006, le quotidien Jyllands-Posten avait publié plusieurs caricatures du prophète de l’islam, ce qui avait entraîné une vague de violences anti-danoises dans le monde musulman. La situation ne s’est pas arrangée depuis. Le gouvernement danois a comptabilisé 483 autodafés du Coran et drapeaux brûlés en public entre le 21 juillet et le 24 octobre 2023.

Le délit de blasphème avait été abrogé il y a six ans

De surcroît, ces provocations entraînent des réactions en chaîne : à Bruxelles, en octobre dernier, deux Suédois ont été assassinés par un Tunisien qui protestait contre les autodafés du Coran, en l’occurrence en Suède. Le gouvernement du Danemark a donc fait voter une loi qui a pour but principal de protéger la sécurité de ses citoyens.

La nouvelle loi interdit de brûler, souiller ou donner des coups de pied publiquement sur des textes religieux ou dans le but de diffuser largement les images des profanations. Il est également défendu de déchirer, couper ou poignarder ces textes religieux, au risque de s’exposer à une peine de deux ans d’emprisonnement.

Cette mesure intervient alors que le pays avait abrogé, il y a six ans, le délit de blasphème, une disposition vieille de 334 ans qui sanctionnait les insultes publiques envers les religions.

Un risque d’alimenter l’extrémisme et le terrorisme

Il serait simpliste d’affirmer que les libertés publiques au Danemark sont en régression. Si abroger le délit de blasphème s’inscrit irréfutablement dans l’esprit des libertés publiques, punir la profanation publique d’un texte est d’une autre nature.

Car la dégradation politisée du sacré consiste moins à user de l’esprit critique – vertu qui est également sacrée pour une démocratie – qu’à heurter sciemment une communauté – ce qui alimente d’une part l’extrémisme, et d’autre part le terrorisme.

La prégnance de la religion dans le débat public pose un défi immense aux démocraties

Le Danemark n’est aujourd’hui pas le seul pays à interdire les autodafés. Huit états européens le font également, avec des degrés de sévérité divers – l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Estonie, la Finlande, l’Italie, la Pologne et la Roumanie.

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Mais il est certain que dans le contexte actuel, avec la guerre qui oppose Israël au Hamas à Gaza, le caractère invasif du facteur religieux devient un véritable défi pour les démocraties – comme en a témoigné l’affaire des bougies pour Hanoukka à l’Elysée.

Christian Makarian

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