L’Union européenne s’est dit ce dimanche « fortement préoccupée par l’aggravation de la crise humanitaire à Gaza ». L’opinion publique « ne supporte plus les images » en provenance du territoire palestinien, selon l’expert en relations internationales Dominique Moïsi, invité de la matinale de Radio Classique ce lundi.
Dans un communiqué publié ce dimanche, l’Union européenne a unanimement condamné l’utilisation par le Hamas « d’hôpitaux et de civils comme boucliers humains » dans le conflit à Gaza. Malgré cette réaction coordonnée des pays de l’UE, le géopolitologue Dominique Moïsi regrette « qu’il n’y ait pas de politique européenne » à proprement parler.
Ce sont pour lui les limites du « en même temps ». Il cite notamment l’exemple des réactions allemande et française à la guerre de Gaza. « Au moment où le chancelier Olaf Scholz dit qu’il est trop tôt pour exiger un cessez-le-feu, la France prend une position exactement inverse », constate l’expert en relations internationales.
Israël a une « fenêtre de tir relativement courte »
Pour Dominique Moïsi, les pays occidentaux savent que « l’opinion publique ne supporte plus les images en provenance de Gaza, en particulier des hôpitaux ». Emmanuel Macron a rappelé le bilan humain désastreux dans un entretien à la BBC vendredi dernier, en déclarant qu’il n’y a « aucune justification » aux bombardements tuant des civils à Gaza ».
Le président français « ne dit pas en soi des choses choquantes, […] mais il le dit sans consultation avec ses partenaires européens », déplore le conseiller spécial de l’IFRI (Institut Français de Relations Internationales).
L’Occident a conscience qu’Israël a une « fenêtre de tir relativement courte » : le poids des images à Gaza risque d’être bientôt trop important pour justifier un soutien inconditionnel à l’état hébreu dans sa riposte face à l’attaque du Hamas du 7 octobre. Selon Dominique Moïsi, il s’agit d’une question « de jours, au maximum d’une semaine ».
Une unité de façade au Proche-Orient
Ce week-end, un double sommet des Etats arabes sur le conflit au Proche-Orient a eu lieu, réunissant notamment l’Iran et l’Arabie Saoudite. Pour Dominique Moïsi, il est intéressant de constater la présence du président iranien à cet événement, dans la mesure où les Saoudiens et les Iraniens ont des « stratégies totalement différentes à l’égard du conflit ».
Riyad veut se rapprocher de Jérusalem, tandis que Téhéran refuse de reconnaître la légitimité d’Israël. « Pourtant, chacun a sa manière a conclu qu’il était important pour la rue arabe de montrer l’unité du monde musulman face à la tragédie que connaît Gaza ».
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Il s’agit pour le géopolitologue d’une unité de façade où les réactions sont pour l’instant mesurées. Les Etats-Unis ont frappé en Syrie deux installations liées à l’Iran en Syrie dimanche : « pour le moment c’est un signal que l’Iran semble entendre », mais Dominique Moïsi pose clairement la question : « jusqu’où cette modération peut-elle tenir face aux émotions ? ».
Paul Cassedanne
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