Israël-Hamas : Aux Etats-Unis, la woke culture réclame des comptes à Joe Biden

Matt Rourke/AP/SIPA

Aux Etats-Unis, Joe Biden apparaît piégé par le conflit de Gaza. Le président américain n’a pas obtenu de trêve humanitaire et en prime, il a affaire à une levée de boucliers au sein du camp démocrate. Un changement de paradigme a eu lieu dans le pays, avec la montée de la protestation américaine.

Alors qu’il avait obtenu jusqu’ici des résultats très respectables sur le front ukrainien, Joe Biden voit son image s’écorner au Moyen-Orient, où il reçoit une série de camouflets saisissants. Dans la guerre en Ukraine, il a en effet réussi à entraîner le Congrès américain dans un soutien intensif à Kiev et a su élargir l’OTAN en y intégrant la Finlande et la Suède – de quoi infliger une leçon à Vladimir Poutine.

Mais le massacre du 7 octobre a ouvert brusquement une autre séquence. Coup sur coup, Joe Biden, qui avait prévu d’effectuer une tournée à Jérusalem, à Amman et au Caire, a dû essuyer l’annulation de ses rencontres respectives avec le roi Abdallah II de Jordanie et le président égyptien Al-Sissi.

Des humiliations à craindre pour Washington

La semaine dernière, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken n’a pas été reçu par le président turc Erdogan et a dû se contenter d’une rencontre avec son homologue. D’autres humiliations sont à craindre pour Washington, alors même qu’une démonstration de puissance sans pareille a lieu en Méditerranée, avec la présence de deux porte-avions américains afin d’envoyer un avertissement clair et net à l’Iran.

En réalité, c’est le soutien sans réserve à Israël affiché par les Etats-Unis depuis le 7 octobre qui est maintenant en cause. Cela se manifeste autant en matière de politique extérieure qu’à l’intérieur du pays. Un changement de paradigme important a lieu avec la protestation de la société américaine qui s’intensifie.

Le mouvement woke exige de nouvelles obligations morales

Comme l’a montré la manifestation massive de Washington le 4 novembre, une vague protestataire monte des profondeurs de la société américaine. Il faut y voir le désir de la frange radicale de l’électorat démocrate de reconstruire une stature morale pour l’Amérique, comme Joe Biden l’avait promis lors de sa campagne électorale. Chaque année, les Etats-Unis allouent une somme de 3,8 milliards de dollars à Israël : un soutien dénoncé par Bernie Sanders, le hérault de l’aile gauche du parti démocrate.

Il faut aussi voir dans la vague de contestation aux Etats-Unis l’aboutissement indirect de la culture woke, qui s’est emparée des cerveaux sur les campus américains. N’oublions pas qu’avant de concerner les minorités sexuelles, la woke culture est née d’un mouvement de protestation des étudiants afro-américains qui ont aggloméré à leur cause d’autres minorités, notamment musulmanes.

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Ce courant interpelle aujourd’hui l’élite washingtonienne et exige d’elle de nouvelles obligations morales. L’Amérique est encore une fois convoquée sur ses fondamentaux.

Christian Makarian

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