Au Royaume-Uni, le quotidien The Daily Telegraph, véritable institution conservatrice, a été mis en vente, mais les Emirats arabes unis souhaitent se porter acquéreurs. L’affaire fait couler beaucoup d’encre outre-Manche et met mal à l’aise un gouvernement britannique peu enclin à laisser l’Etat intervenir en temps normal.
Imagineriez-vous que Le Figaro puisse passer aux mains d’une puissance pétrolière du Golfe Persique ? Envisagez-vous que ce journal, plus que séculaire, lu par de respectables citoyens qui ont le droit d’être patriotes, puisse répercuter des opinions insufflées par une puissance étrangère en changeant d’actionnaire ?
C’est pourtant ce qui risque de se produire au Royaume-Uni si le gouvernement britannique ne parvient pas à contrer le projet de vente du Daily Telegraph.
A la fin du mois d’octobre dernier, le média fondé à Londres en 1855 et détenu depuis 2004 par les deux frères Barclay (dont l’un est décédé), a été mis en vente par la banque du groupe afin d’éponger des dettes considérables chiffrées à 1,3 milliard d’euros.
Boris Johnson, un habitué du Daily Telegraph
Derrière cet Himalaya d’impayés, on trouve trois titres, le Daily Telegraph proprement dit, The Sunday Telegraph, l’édition magazine du dimanche, et The Spectator.
Rappelons que Boris Johnson, qui est journaliste de profession, s’exprimait régulièrement dans les colonnes du Daily Telegraph, journal pro-américain, anti-européen et si proche du parti conservateur britannique des « Tories » qu’il a souvent été renommé « The Torygraph ». Plusieurs groupes se sont alors déclarés intéressés par le rachat, dont Rupert Murdoch, déjà propriétaire du Times et du Sun.
Un Etat à la tête d’un média emblématique
C’était compter sans la famille Barclay, qui a trouvé elle-même son propre acquéreur, en l’occurrence un mariage financier de circonstance entre le fonds américain RedBird et le fonds d’Abou Dhabi IMI, contrôlé à 75 % par le cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, vice-Premier ministre des Emirats arabes unis.
Mansour n’est autre que le jeune frère de Mohamed ben Zayed, le fameux « MBZ », qui est le président des Emirats Arabes Unis. Mais le cheikh est également l’heureux propriétaire du club de football Manchester City.
Pour certains Britanniques sourcilleux, c’en est trop. Ce n’est pas un personne privée mais un Etat qui serait finalement propriétaire d’un quotidien ô combien emblématique.
La décision finale sera rendue en janvier 2024
Le gouvernement a été promptement sommé par la majorité conservatrice de bloquer la transaction et a saisi les instances de régulation des médias et de la concurrence.
A lire aussi
Or, le gouvernement du Premier ministre massivement libéral Rishi Sunak est opposé à l’interventionnisme étatique. L’affaire sera tranchée le 24 janvier prochain, mais parions qu’entre le libéralisme et l’esprit national, ce n’est pas nécessairement la loi du marché qui l’emportera.
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale