L’essayiste et conseiller politique Alain Minc était l’invité de David Abiker dans la matinale de Radio Classique ce vendredi. Dans son Dictionnaire amoureux du pouvoir publié récemment, il offre une perspective sur la gestion des affaires publiques. Selon lui, la pulsion antisémite qui s’est manifestée ces dernières semaines demeure « limitée » : « la France s’en tire mieux que d’autres pays d’Europe ».
Sa longue carrière lui a permis de côtoyer « quatre univers de pouvoir » : le monde politique, économique, intellectuel et médiatique. « Quel est le plus influent ? » demande David Abiker à Alain Minc.
« Je ne consacre une entrée spécifique dans mon dictionnaire qu’à un seul tycoon [magnat N.D.L.R] qu’est Vincent Bolloré. Parce qu’il est le seul à vouloir depuis peu explicitement transformer son pouvoir économique en pouvoir politique ». Pour le président de AM Conseil, il est donc important de « ne pas surinvestir [la puissance] des grands acteurs économiques ».
Le proche de Nicolas Sarkozy réfute l’idée d’une incapacité totale du politique : ce dernier est « impuissant sur l’accessoire mais peut être essentiel sur des choses fondamentales ». Il prend notamment l’exemple de la construction de l’euro dans les années 2000, qui montre selon lui que « rien ne pèse plus que la politique ».
Le Qatar parvient à « jouer avec les contraires »
Certains mots du Dictionnaire amoureux du pouvoir d’Alain Minc reflètent parfaitement l’actualité internationale. C’est le cas du Qatar auquel l’essayiste consacre une entrée dans son livre. Ce pays « a inventé une forme d’art de la survie », particulièrement à travers son rôle de médiateur pour la libération d’otages détenus par le Hamas à Gaza.
Le Qatar nourrit de nombreux contrastes, en tant que « micro-état assis sur une rente démesurée, à la fois menacé par l’Iran, avec qui il partage dans le même temps ses réserves de gaz ». Pourtant, le pays réussit à « jouer avec les contraires » selon l’analyse d’Alain Minc. Ce « talent fait penser à la Suisse dans les périodes de grande tension européenne » constate l’homme d’affaires. « Et ce n’est pas une performance minime » ajoute-t-il.
Présidentielle 2027 : « le camp des modérés doit avoir un seul candidat »
A propos de l’antisémitisme en hausse en France depuis l’attaque du 7 octobre, Alain Minc considère, « à rebours de l’atmosphère ambiante », que « la France s’en tire mieux que d’autres pays d’Europe ».
Si la pulsion antisémite qui s’est manifestée en France ces dernières semaines est « plus que désagréable », elle demeure pour le conseiller politique « limitée ». Il explicite son analyse : « notre modèle, bien que bringuebalant, constitue une ligne de défense bien supérieure aux univers purement communautaristes comme le monde anglo-saxon ».
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Sur le plan de la politique intérieure, Alain Minc a l’habitude de se prononcer clairement sur la personne qu’il soutient pour la prochaine élection présidentielle. « Je souhaite qu’il y en ait une qui ne soit pas présidente, et c’est Marine Le Pen » affirme-t-il sans hésitation. Pour éviter cela, « il y a une condition sine qua non : le camp des modérés doit avoir un seul candidat ».
Paul Cassedanne
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