Le libertarien d’ultradroite Javier Milei a été élu dimanche président de l’Argentine. Celui qui promet de dollariser l’économie du pays et de couper « à la tronçonneuse » dans les services publics a réussi son pari en incarnant le « populisme » selon Yascha Mounk. Le professeur de politique internationale était l’invité de la matinale de Radio Classique ce mardi.
Dans le cadre de ses travaux de recherche, Yascha Mounk s’est intéressé à deux tendances politiques. D’abord le populisme, tel qu’il s’est développé avec Jair Bolsonaro au Brésil, Donald Trump aux Etats-Unis ou plus récemment avec Javier Milei, nouvellement élu à la tête de l’Argentine.
Ensuite, le politologue a voulu approfondir la « naissance d’une nouvelle idéologie » qu’il appelle la « synthèse identitaire », équivalente du « wokisme ». Selon lui, « ce qu’être à gauche signifie a fondamentalement changé en 50 ans ». Il estime que l’emphase est mise de plus en plus sur la signification et l’importance de d’appartenir à un « groupe identitaire » bien défini, comme la race, le genre ou l’orientation sexuelle.
« Donner aux personnes une très forte conscience de leur race »
Le développement de la « synthèse identitaire » s’observe particulièrement aux Etats-Unis où le politologue exerce son métier de chercheur à l’université Harvard. Yascha Mounk cite l’exemple des écoles américaines où « un professeur arrive dans une classe avec des élèves de 8 ans, et demande aux enfants noirs d’aller dans une salle et aux enfants blancs dans une autre ».
L’objectif : mettre en place une « pédagogie progressiste » qui permette aux élèves de prendre conscience de leur « identité raciale » afin qu’ils puissent mieux s’opposer aux injustices ou aux privilèges liés à leur appartenance, ou non, à une certaine catégorie.
Une longue histoire intellectuelle étudiée par le chercheur a abouti à l’idée selon laquelle la « seule manière de se battre conte les injustices est de donner aux personnes une très forte conscience de leur race ».
En Argentine, la population est « en rage »
Tandis que le chercheur considère que la gauche se réinvente aujourd’hui dans la « synthèse identitaire », la droite s’affirme dans le « populisme » selon Yascha Monk. Il attribue l’élection récente de Javier Milei à la tête de l’Argentine aux promesses que celui-ci a faites à la population minée par une inflation de 140%.
« L’Argentine était il y a 100 ans un pays aussi riche que la France, c’est devenu aujourd’hui un pays pauvre », observe le politologue. Les raisons pour lesquelles les Argentins sont « en rage » sont pour lui assez évidentes.
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Le populisme a fonctionné en s’incarnant dans des promesses de retour à l’ordre, avec une nuance sur laquelle Javier Mileil a misé : « pour que l’Argentine retrouve son âge d’or, il faut tout changer ». Pour Yascha Mounk, cette proposition d’une révolution a poussé l’Argentine à faire un saut dans l’inconnu dimanche.
Paul Cassedanne
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