C’est à l’origine un placement à vocation sociale : le livret A devrait désormais également financer l’industrie de la défense, selon un amendement au budget 2024 accepté par le gouvernement. Les objectifs de ce placement historique se multiplient, avec le risque potentiel de s’éparpiller.
Les fonds du livret A sont particulièrement convoités, puisque son utilisation était une piste évoquée il y a quelques mois pour financer les futurs réacteurs nucléaires, et même plus largement l’écologie.
Dès lors, quand les industriels ont dénoncé la frilosité des banques à leur égard, l’idée de mettre à profit le livret A pour financer la défense a émergé progressivement. Cette réserve des banques est un comble lorsque l’on sait que tous les pays se réarment et que le gouvernement réclame « d’entrer dans une économie de guerre ».
Flécher les fonds du livret A
Les banques ont néanmoins de bonnes raisons d’investir prudemment dans l’armement : entre les règles anti-blanchiment, l’importance de la responsabilité sociale et environnementale et l’enjeu de réputation, ces placements présentent de nombreux risques.
Des parlementaires de tous bords poussent donc pour faire bouger les lignes. Le Sénat a d’abord proposé un nouveau livret d’épargne « défense ». Mais en multipliant les livrets, le risque est de perdre sur tous les tableaux. Ainsi est apparue l’idée d’un fléchage des fonds du livret A.
Un puissant signal envoyé aux banques
La grande question est de savoir si les banques joueront le jeu. Concrètement, il n’y aura pas de ressources directement affectées à l’industrie de la défense, à l’image de la Caisse des dépôts avec le logement social. Heureusement, les banques resteront libres de financer ou non un projet ! Mais Bercy souligne qu’inscrire dans la loi que la défense fait partie des priorités de financement envoie un puissant signal.
Par ailleurs, ce blanc-seing peut aider des banques à se lancer, d’autant que le regard de l’opinion a changé depuis la guerre en Ukraine. Pour maintenir la pression, un rapport devra être remis au Parlement sur l’efficacité du dispositif.
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Il est peut-être inquiétant de voir les objectifs du livret A se multiplier ainsi. Qui trop embrasse mal étreint. En réalité, le problème ne vient-il pas au fond de l’existence même de ce placement, victime de son succès ? Mais on ne touche pas si facilement à un totem…
Etienne Lefebvre