La stratégie bien ficelée de la Russie pour déstabiliser la paisible Finlande

Mikhail Klimentyev/Russian Presi/Sipa USA/SIPA

La Finlande a fermé la semaine dernière quatre de ses principaux postes-frontières avec la Russie. Helsinki accuse Moscou d’une tentative de déstabilisation en laissant passer des migrants afin qu’ils franchissent clandestinement les barrières : une stratégie bien ficelée par le Kremlin qui dispose de l’appui de régimes alliés en Afrique.

En cette saison, dans le nord de la Finlande, les températures descendent jusqu’à -10 degrés la nuit. Les migrants ont donc allumé des feux de bois pour se réchauffer un peu. Ils sont pour le moment environ 300, sans visa, bloqués à l’entrée de la Finlande qui n’a pourtant rien d’un pays xénophobe.

La situation est tout à fait inhabituelle : les migrants viennent de Libye, de Somalie, du Yémen, de Syrie et d’Irak, mais ont tous transité par la Russie – de même que d’autres immigrés, plus au sud, avaient pris l’an dernier la route de la Pologne en provenance de Biélorussie, pays satellite de Moscou.

Une « attaque hybride » destinée à augmenter le nombre de demandes d’asile

La Russie poutinienne, puissance pauvre assez peu douée en matière de bonheur des peuples, excelle en revanche dans la malveillance, puisque plusieurs migrants ont avoué aux autorités douanières finlandaises qu’ils avaient été acheminés gratuitement vers la Finlande depuis leur pays d’origine.

Ainsi, des migrants venus de lointains pays du sud se retrouvent dans ces contrées septentrionales. Après l’invasion de l’Ukraine et l’adhésion de la Finlande à l’OTAN, Vladimir Poutine avait prévenu en déclarant qu’il y aurait des « contre-mesures ».

La Pologne et les trois pays baltes connaissaient une situation comparable à celle de la Finlande depuis plusieurs années. Une extension du phénomène est en cours : selon le ministre de l’Intérieur estonien, il s’agit même d’une « attaque hybride » destinée à augmenter les demandes d’asile afin de produire une charge croissante et un nouveau type de troubles dans des sociétés réputées parmi les plus paisibles et les plus policées du monde.

Les services russes ont de nombreux relais en Afrique

La Russie est particulièrement bien équipée pour procéder à cette stratégie de déstabilisation car elle dispose de l’appui de régimes alliés qui contrôlent les couloirs de migration et ont intérêt à se débarrasser de leurs migrants.

En Algérie, en Libye, au Mali, au Burkina Faso, au Niger ou encore en Centrafrique : partout où le sinistre groupe Wagner a fait parler de lui, les services russes disposent de relais fiables qui coopèrent aux desseins du maître du Kremlin.

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La Commission européenne dénonce une « instrumentalisation honteuse », mais la Finlande est seule à gérer le nouveau défi qui lui est lancé. Helsinki a réagi en dressant un mur de très hautes barrières métalliques sur environ 200 kilomètres. Pour mémoire, la frontière commune avec la Russie s’étend sur 1 340 kilomètres.

Christian Makarian

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