Hydrocarbures : L’Europe peut-elle se passer durablement de la Russie ?

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L’embargo européen sur les hydrocarbures russes était loin d’être gagné d’avance. L’arrivée de l’hiver ainsi que les dysfonctionnements des centrales nucléaires françaises laissaient craindre une crise énergétique sans précédent. L’Europe a-t-elle su prouver son indépendance vis-à-vis du gaz et du pétrole russes ?

Nous étions nombreux à douter de la capacité de l’Europe à se passer des hydrocarbures de Monsieur Poutine. Mais, les 27 ont donné tort aux sceptiques. Avant l’invasion de l’Ukraine, on importait presque la moitié de notre gaz de Russie. Sur le premier trimestre de cette année, le gaz russe ne représente plus que 14 % de notre consommation, tandis que pour le pétrole, nous sommes passés de 25 % à 5 %.

Si la consommation a baissé, la France a surtout réussi à diversifier ses sources en un temps record, en important plus de Norvège, des États-Unis, d’Algérie, du Qatar, d’Irak ou encore d’Arabie Saoudite. En somme, le pays est parvenu à réduire sa dépendance à l’égard d’un seul fournisseur majeur, alors que ce n’était pas gagné d’avance.

La Russie exporte moins, et à moindre coût

Nombreux sont ceux qui ont soutenu que la Russie avait réussi à amortir le choc en exportant plus vers l’Inde, la Chine et la Turquie. Cet amortissement demeure cependant précaire, puisque globalement, les volumes d’exportations d’hydrocarbures russes reculent, d’abord en raison de l’embargo européen bien sûr, mais aussi parce que pour exporter du gaz, il faut construire des gazoducs. Or, la construction d’une telle infrastructure vers la Chine est un processus très long.

En outre, la Russie quand elle vend à la Chine ou à l’Inde est obligée de proposer des rabais par rapport aux prix de marché. Ils exportent moins et à moindre coût. C’est là que le bât blesse : les recettes quotidiennes de la Russie sont passées d’1 milliard de dollars à environ 500 millions.

L’Europe n’est pas dépendante de la Russie, mais elle n’est pas non plus indépendante

Sur le long terme, la France parviendra à se passer des hydrocarbures russes si elle investit plus dans le nucléaire ou les énergies renouvelables. Pour ce faire, il sera également nécessaire d’importer plus de gaz liquéfié. Cependant, ces opérations ont un coût et risquent de prendre du temps.

L’Europe a su prouver qu’elle n’était pas dépendante de la Russie, mais elle n’est pas totalement indépendante pour autant. Avant de crier victoire, il faut reconnaître que l’an dernier, même si la France a été pénalisée par des problèmes dans son parc nucléaire, l’hiver était particulièrement clément, et la consommation des industriels européens, qui ne voulaient pas d’un gaz trop cher, a enregistré une baisse sensible, tandis que la Chine était à l’arrêt et consommait peu de gaz.

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Mais, avec le retour du froid, de nouveaux problèmes sur nos centrales, une reprise économique de la Chine et l’absence de nouvelles sources d’énergies, on pourra sans doute éviter le pire mais on risque d’assister à une flambée des prix. Certes, il est possible de se passer de la Russie, mais cela risque d’être douloureux.

David Barroux

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