Les députés ont adopté mardi soir le compromis de la CMP sur la loi immigration, aux contours bien plus durs que la version initiale du gouvernement. Pour le politologue Martial Foucault, invité de la matinale de Radio Classique ce mercredi, la séquence politique qui s’est jouée pendant les sept derniers jours montre que le Rassemblement National est devenu « un parti stratège ».
Malgré le vote du projet de loi immigration hier soir, tous les éléments sont réunis pour parler de « crise politique, et même de crise parlementaire » selon Martial Foucault, directeur du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po).
« Le gouvernement s’est pris les pieds dans le tapis » pour « deux raisons ». La première est que l’engagement d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2022 à faire voter une loi immigration « a suscité un certain nombre d’attentes d’une partie de l’électorat ».
« Or l’immigration est un sujet qui polarise à la fois les Français et la classe politique ». Pour le politologue, ce sujet « va devenir le marqueur de division pour Renaissance ».
Le vote du projet de loi immigration, « une victoire à la Pyrrhus »
Ensuite, la crise parlementaire actuelle se manifeste par la « division des votes hier au sein du camp présidentiel », qui montre qu’il « va être compliqué dans les trois prochaines années de se retrouver sans défection ».
Ce qui s’est passé hier à l’Assemblée Nationale constitue pour Martial Foucault « une vraie victoire à la Pyrrhus ». « Et ce n’est pas simplement une formule » insiste le politologue.
« Quand on regarde attentivement le vote, on peut s’interroger sur la capacité pour le gouvernement actuel de continuer à réformer tant la difficulté ontologique de sa majorité va laisser des traces ». 20 députés Renaissance ont voté contre le projet de loi et 17 se sont abstenus hier : une fronde inédite depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017.
Le Rassemblement National a « vite appris les ficelles du métier parlementaire »
Pour Martial Foucault, le vote au Parlement montre également, au-delà du fait que la Rassemblement National est un parti qui « s’institutionnalise », à quel point il est devenu « stratège ».
« Voter pour le rejet du texte avant son introduction au débat à l’Assemblée nationale et voter pour hier » prouve que le parti de Marine Le Pen a « vite appris les ficelles du métier parlementaire ». De cette manière, le RN « commence à construire ce que sera sa campagne en 2027 ».
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La prochaine échéance politique majeure aura lieu en juin 2024, avec les élections européennes : la liste conduite par Jordan Bardella est pour le moment largement en tête. Mais Martial Foucault insiste sur un point : « le parti qui gagne l’élection européenne ne donne pas d’indication sur sa victoire à l’élection présidentielle ».
Paul Cassedanne
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