Immigration : à l’Assemblée, « une séquence meurtrière dont on comptera les victimes à la sortie » analyse Jérôme Jaffré

Raphael Lafargue-POOL/SIPA

Une commission mixte paritaire réunissant sept députés et sept sénateurs doit se prononcer aujourd’hui sur un texte de compromis à propos de l’immigration. Le politologue Jérôme Jaffré, invité de la matinale de Radio Classique ce lundi, observe que « le Parlement n’arrive pas à jouer parfaitement son rôle » dans le contexte actuel.

Il y a une semaine, le projet de loi sur l’immigration porté par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a été rejeté par les députés, qui ont voté en faveur d’une motion de rejet interrompant les débats sur le texte.

14 parlementaires tentent actuellement de parvenir à une nouvelle mouture du texte faite de compromis, qui sera présentée ce lundi. Pour le politologue Jérôme Jaffré, les événements qui se sont succédé ces sept derniers jours constituent « une séquence meurtrière dont on comptera les victimes à la sortie ».

Selon l’analyste politique, « le macronisme a perdu de sa superbe et de sa puissance » et Emmanuel Macron découvre « que sa majorité relative n’est qu’une minorité lorsque les oppositions s’unissent contre elle ».

« Le Sénat fait la loi »

Un aspect particulièrement notable de la séquence politique qui s’est jouée ces derniers jours est la « domination du Sénat sur l’Assemblée nationale » : « c’est la première fois sous la Ve République que [la chambre haute] fait la loi » constate Jérôme Jaffré.

Ce dernier observe par ailleurs « une droitisation accentuée du jeu politique, où les Républicains retrouvent une place, mais avec le Rassemblement National comme aiguillon ».

Si la CMP arrive à un accord, celui-ci sera soumis au vote et « aucun amendement parlementaire ne pourra modifier le texte » : les élus devront le voter tel qu’il est. « Or le principe du travail parlementaire est précisément de discuter des textes et de les amender » affirme le politologue, pointant du doigt « un Parlement qui n’arrive pas à jouer parfaitement son rôle ».

Les Républicains se réjouissent de retrouver un poids politique

Dans cette période de remous politiques, « le Rassemblement national est en position de force ». Le parti de Marine Le Pen est dans une « situation extraordinaire sous la Vème république, celle d’être une force d’alternance au macronisme ».

Les Républicains ont quant à eux « le bonheur de retrouver un rôle politique » observe Jérôme Jaffré. Le cas d’un texte voté à l’arraché pourrait donner un nouvel élan au parti de droite, qui aurait alors une influence suffisamment importante pour « faire des négociations » sur « d’autres textes importants », ou même proposer une « coalition ».

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Enfin, la gauche est actuellement « dans une impasse ». « Elle est divisée et reste dominée par Jean-Luc Mélenchon, qui est largement rejeté ». Les élections européennes constituent un « espoir » pour ce courant politique : de bons résultats de la liste menée par Raphaël Glucksmann pourraient permettre de « rebâtir une coalition qui ne dépende plus [du fondateur de LFI] ».

Paul Cassedanne

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