L’Europe se dote d’armes de défenses économiques face à la Chine. La Commission européenne a publié hier une liste de technologies sensibles à protéger.
« C’est la fin de l’Europe naïve », a martelé Thierry Breton, le commissaire au marché Intérieur. C’est en tout cas une nouvelle brique dans la construction d’une Europe plus intégrée, et plus offensive. Pour l’instant, la liste est sans surprise, on y retrouve notamment l’intelligence artificielle, les biotechnologies ou les semi-conducteurs. Et il ne s’agit que d’une liste, les armes de défense doivent être précisées.
Mais il y a quelques années encore, l’Union européenne aurait été incapable de se mettre d’accord sur un sujet aussi sensible. Les 27 se sont par exemple divisés sur le bannissement ou non de l’équipementier chinois Huawei alors qu’il faut avancer groupés face au risque de rétorsions chinoises.
Les Pays-Bas, en pointe sur le sujet, ont aussi interdit en solo les exportations d’équipements électroniques stratégiques vers la Chine, alors que les Européens ont tout intérêt à s’allier pour agir. Il ne faudrait pas se faire dicter par les Etats-Unis la conduite à tenir face à Pékin.
Une guerre commerciale avec la Chine ?
Parler de virage protectionniste est peut-être un peu fort. L’Europe est sur une ligne de crête, elle veut se défendre tout en restant ouverte, respectueuse des règles de l’OMC. C’est bien la seule ! Mais elle s’est dotée ces dernières années d’une panoplie d’outils de plus en plus fournie, pour produire plus en Europe, protéger ses entreprises stratégiques et diversifier ses fournisseurs, en particulier sur des matières premières essentielles comme le lithium.
A lire aussi
La tension est surtout montée d’un cran après l’ouverture d’une enquête pour concurrence déloyale de Pékin sur les voitures électriques. Sans oublier les éoliennes chinoises qui sont aussi dans le viseur. Faut-il dès lors craindre une guerre commerciale ? La Chine laisse planer la menace d’une riposte, mais personne n’a vraiment intérêt au conflit. L’excédent chinois vis-à-vis de la Zone euro atteint 400 milliards d’euros ! Et les Européens ne vont pas faire une croix sur le marché chinois. Pas de guerre donc, mais un match plus musclé.
Etienne Lefebvre