La liste de coupes budgétaires pour réduire les dépenses de l’Etat en 2024 a été annoncée mercredi 6 mars. Jean Peyrelevade, ancien président du Crédit lyonnais et ancien directeur adjoint du cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy, revient pour Radio Classique sur l’état des finances publiques.
La chasse aux économies lancée par Bruno Le Maire et Thomas Cazenave, ministres de l’Economie et des Comptes publics, vise à réaliser 10 milliards d’euros d’économies pour 2024 et 20 milliards pour 2025, après que la Cour des comptes a estimé qu’il faudrait réaliser 60 milliards d’économies d’ici 2027.
Si Jean Peyrelevade regrette en temps normal qu’on « n’écoute pas davantage » la Cour des Comptes, il estime que cet ensemble d’annonces « ne tient pas debout ». « Cela va créer un choc politique terrible parce qu’on n’explique pas aux français quel est l’état réel des finances publiques », affirme-t-il.
Un modèle social basé sur la solidarité
L’ancien conseiller ministériel livre au micro de David Abiker son analyse de l’état des finances publiques françaises. Les dépenses publiques s’élèvent à 58% du PIB, dont 15% sont des dépenses régaliennes de l’Etat, environ 10% des dépenses réalisées par les collectivités locales et 32% des dépenses sociales. C’est dans ce dernier poste de dépense, qui constitue « plus de la moitié de notre déficit annuel », que se noue selon lui le déséquilibre budgétaire.
Selon le modèle social français de solidarité, « vous payez quand vous êtes riche et vous recevez quand vous êtes pauvre », résume-t-il. Pour Jean Peyrelevade, il est « impossible » de les « faire payer par l’Etat régalien » qui aurait trop de « dépenses supplémentaires » à réaliser. Les dépenses sociales, qui « doivent par principe être équilibrées », devraient donc être payées par les français.
Augmenter l’impôt sur le revenu maximal de 45% à 70%
Il réfute la critique d’un taux de prélèvement trop élevé. « Elle mélange deux choses : les impôts d’une part, destinés à financer l’état et d’autre part les prélèvements sociaux et les impôts spécialisés qui sont destinés aux dépenses sociales ».
Pour rééquilibrer les dépenses sociales, l’ancien haut fonctionnaire propose deux solutions : « soit vous êtes de droite et vous dites ‘il faut diminuer les prestations sociales’, soit vous êtes de gauche et vous dites ‘il faut augmenter les prélèvements sociaux’ ». Lui penche plutôt vers une augmentation des prélèvements à destination sociale, notamment la CSG. « Je ne trouverais pas choquant qu’on continue à faire monter l’échelle d’imposition des revenus pour les plus fortunés », explique-t-il en évoquant une hausse de la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu à de 45% à 70%.
La « catastrophe garantie » du Rassemblement national
Jean Peyrelevade critique l’aveuglement des dirigeants politiques sur la situation budgétaire de la France qui ne sont « pas capables de comprendre la situation » et « encore moins de l’expliquer », tous camps politiques confondus. Sur le programme économique du Rassemblement national, il évoque une « catastrophe garantie » si le parti de Marine le Pen arrivait au pouvoir. « Elle ne sait pas de quoi elle parle », assure-t-il.
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S’il redevenait un temps conseiller du Premier ministre comme au début des années 1980, il donnerait trois conseils au chef de l’exécutif : « mettre en place une étude approfondie de l’ensemble du système de solidarité sociale français », « aller chercher quels types de prélèvements il faut augmenter pendant une période déterminée » et « continuer à alléger les prélèvements sur les entreprises et leur substituer des prélèvements sur les ménages ».
Ella Couet
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