Le temps passe aussi vite qu’un TGV lancé à plus de 300 kilomètres heures : la SNCF a fêté hier les dix ans du service Ouigo.
Ouigo a transporté plus de 110 millions de passagers depuis son inauguration
C’était le 2 avril 2013 que Guillaume Pepy, qui était alors à la tête de la SNCF, avait donné le top départ depuis la gare de Marne-La-Vallée à ce premier train low cost. Au début, il y avait eu un peu de scepticisme. Certains se demandaient si les Français voudraient vraiment de ces trains un peu moins confortables et un peu moins pratiques puisqu’ils ne desservaient pas – à l’époque – les principales gares parisiennes. Mais dix ans plus tard et avec plus de 110 millions de passagers, on est bien obligé de l’admettre : le Ouigo est un incroyable succès.
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Ouigo est le symbole d’une économie qui n’est pas devenue low cost mais qui a fait de la place dans presque tous les segments de marché à des offres qui redéfinissent le rapport qualité-prix. Le low cost est un compromis. Ce n’est pas un service dégradé, c’est que l’on se concentre sur l’essentiel et cela permet au consommateur de faire un achat malin. Il économise sur un front pour dépenser davantage sur un autre. Ce n’est pas une offre uniquement pour ceux dont le pouvoir d’achat est sous-tension, c’est aussi pour des personnes aisées qui rendent des arbitrages. La demande potentielle est très large et par conséquent, le low cost s’est généralisé. Ouigo c’est bien sûr comme Ryanair, EasyJet ou Transavia dans l’aérien, Free dans les télécoms, Dacia dans l’automobile, Lidl dans la distribution.
La SNCF à la conquête de l’Espagne
Pour la SNCF, le bilan de Ouigo est bon. C’est une offre bon marché qui lui permet d’attirer plus de voyageurs. C’est une manière de rivaliser avec les autres offres de transport : l’avion, la voiture, le covoiturage, les bus… Ensuite, même si en proposant des billets moins chers, notre champion du rail pénalise sans doute un peu les ventes de billets pour ses TGV premium, la leçon est qu’il vaut mieux se faire concurrence à soi-même plutôt que de laisser d’autres venir occuper le terrain. Il vaut mieux se résigner à une forme d’auto cannibalisation, plutôt que de se faire manger par un concurrent.
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On prive un rival de recettes lui permettant de grandir et on fait rentrer de l’argent dans les caisses pour mieux amortir ses frais fixes. Kodak qui n’a pas lancé l’appareil photo digital alors qu’il avait les brevets, IBM qui n’a pas poussé la micro-informatique pour continuer de vendre de gros ordinateurs, France Télécom qui a longtemps préféré faire du mobile un produit de luxe réservé à une élite, ou encore TF1 qui n’avait pas très envie au départ de croire à la TNT, ont tous fini par s’en mordre les doigts. En se concurrençant elle-même avec Ouigo, la SNCF a pris un risque. Mais le risque a payé : le service ne cesse de se développer, il est même devenu une arme de conquête de la SNCF en Espagne.
David Barroux