On connaissait déjà le diagnostic énergétique. On aura maintenant droit, à partir du 1er avril, à l’audit énergétique. Alors, qu’est-ce que cela va changer ?
Les propriétaires de maisons ou d’immeubles en bloc doivent faire établir un audit
Le diagnostic de performance énergétique existe depuis des années. Quand un propriétaire veut louer un appartement ou une maison, il doit faire vérifier si son habitat est bien ou mal isolé. Si son bien est considéré comme une passoire thermique, s’il est noté F ou G, et bien, il n’a désormais plus le droit de trouver un nouveau locataire sous peine de loyer bloqué. C’est une information pour les locataires et une manière de faire pression sur les propriétaires pour qu’ils financent un minimum de travaux. L’audit est différent. Cela ne concerne que les maisons et les immeubles en bloc et qui appartiennent à une seule personne. Avant de vendre un tel bien, le propriétaire doit faire établir un audit. Ce n’est pas un devis précis et engageant, mais c’est une estimation de combien coûteraient les travaux pour améliorer les performances énergétiques d’un logement.
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Le côté positif est que ce n’est pas quelque chose d’engageant. Le propriétaire n’est pas obligé d’effectuer des travaux et celui qui achète non-plus. C’est une forme d’information, il n’y a pas d’obligation. L’autre aspect vertueux est qu’effectivement, une transaction est un bon moment pour se poser la question de travaux. Il y a en plus, un côté progressif. On n’oblige pas tout le monde à faire tout, tout de suite. On dit plutôt : le jour où vous vendrez, il faudra se poser la question. Mais cela va quand même compliquer la vie des vendeurs parce que si vous vendez un bien en disant qu’il y en a pour des dizaines de milliers d’euros de travaux d’isolation, vous serez en position de faiblesse par rapport à un acheteur qui va vous demander un rabais. Surtout dans le contexte actuel, marqué par une tendance à la baisse des prix dans l’immobilier et un ralentissement du marché.
L’audit énergétique comporte un risque social
Le problème n’est pas que l’on prenne une mesure spécifique. Une mesure comme celle-là, a un sens, même si on n’a pas la main d’œuvre pour faire tous les travaux nécessaires. Les audits risquent d’être parfois un peu à la tête du client. Mais je vois deux risques. Le premier est celui de l’accumulation. Pour de bonnes raisons, on impose plein de nouvelles contraintes ou d’interdictions. La fin du diesel, les ZFE, les contrôles techniques, la fin des chaudières au fuel… Individuellement chaque mesure peut avoir sa pertinence, mais l’addition peut provoquer un sentiment de trop-plein et donc de rejet. Une sorte de ras-le-bol. Le deuxième risque est social. Toutes les mesures prises pour sauver la planète sont à la fois punitives, mais aussi inflationnistes. Cela va couter cher et on ne pourra pas aider tout le monde. Les plus pauvres auront des options pénibles : ne pas se chauffer, ne pas vendre sa maison ou encore frauder. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, encore moins qu’il ne faut rien faire. Mais cela risque d’énerver encore un peu plus les Français.
David Barroux