Télécoms : Pourquoi plaident-ils pour une consolidation du secteur au niveau européen ?

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C’est une drôle de situation que vivent les opérateurs télécoms français actuellement. Ils investissent massivement et proposent en même temps, des tarifs assez bas.

Parmi les secteurs privés dans l’économie française, les télécoms est celui qui investit le plus

Ils sont quatre : SFR, Free, Orange et Bouygues Telecom. Quatre opérateurs qui se livrent une concurrence féroce. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, on recevait chaque trimestre leurs communiqués triomphalistes sur le nombre d’abonnés et de clients qu’ils s’étaient piqués mutuellement. Conquérir un client coûte beaucoup d’argent, plus que le fidéliser. Pour le conquérir, il faut de la publicité et surtout casser les prix en particulier pendant la première année de l’abonnement. Cela donne justement un paysage français où les forfaits téléphones et les box internet ne coûtent rien, disons-le clairement. Si vous avez l’impression de payer de lourdes factures, il suffit de se comparer. Pour une box (internet-télévision-téléphone fixe), les Français paient en moyenne 22 euros par mois. Si vous payez plus, faites jouer la concurrence. 22 euros en France, tandis que c’est 45 euros en Allemagne et l’équivalent de 108 euros aux Etats-Unis c’est-à-dire cinq fois plus ! Pour un forfait mobile avec 50 gigas de données internet, la facture moyenne est de 13 euros par mois en France, 47 euros en Allemagne et 63 euros aux Etats-Unis, là aussi 5 fois plus cher.

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Autre conséquence de cette compétition à quatre, ce sont les investissements, au bénéfice des clients. On voit souvent ces publicités pour « le meilleur réseau », « la meilleure qualité de service », ou encore celui qui a installé le plus d’antennes 5G sur le territoire. Ce n’est pas que de la publicité, c’est une réalité : 11,5 milliards d’euros ont été investis l’année dernière par l’ensemble des opérateurs télécoms. C’est un record absolu. Parmi les secteurs privés dans l’économie française, c’est celui qui investit le plus.

Les opérateurs dénoncent un traitement inégal face à Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video

Comme toute entreprise, les opérateurs télécoms aimeraient bien gagner plus d’argent. Et il y a des raisons de les suivre. D’abord ils pointent un traitement inégal entre eux et les plateformes comme Netflix, Disney+ ou Amazon Prime Video, qui consomment une bande passante gigantesque sans rien payer aux opérateurs pour déverser leurs contenus (films et séries) dans les tuyaux d’internet. Ensuite, ils doivent sans cesse renouveler leurs investissements : dans la fibre, dans la 5G, bientôt ce sera la 6G (on change de génération de réseau mobile environ tous les dix ans) et il y a régulièrement des bandes de fréquences radio à acheter à l’Etat pour des centaines de millions d’euros. Une nouvelle technologie en chasse une autre et à chaque fois, il faut repasser à la caisse.

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Cette rentabilité, plus faible qu’ailleurs, cause un désamour de la part des marchés financiers. On dit que le cours des opérateurs télécoms est malmené à la bourse. La meilleure preuve c’est que deux d’entre eux ont choisi de la quitter : SFR puis Free tout récemment. Aujourd’hui les quatre Français tiennent le choc mais cela les affaiblit face à de potentiels gros acteurs mondiaux qui rêveraient d’une acquisition. Cela plaide pour une consolidation du secteur, si possible, pas en France, mais au niveau européen. L’Europe compte plusieurs dizaines d’opérateurs, là où ils sont deux principaux aux Etats-Unis. Pourquoi ne pas imaginer qu’Orange rachète des opérateurs dans d’autres pays européens ? C’est la stratégie que tente Altice, le groupe de Patrick Drahi, la maison-mère de SFR, en montant au capital de l’opérateur britannique BT.

François Geffrier

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