Depuis le début de la semaine, un raz-de-marée d’agriculteurs en colère déferle sur les autoroutes d’Allemagne, pour aboutir à un grand rassemblement national prévu lundi prochain. Les paysans protestent depuis l’automne dernier contre une diminution des subventions sur le diesel.
L’Allemagne a cette image d’un pays travailleur et protestant et apparaît comme un paradis de la cogestion où les conflits sociaux seraient peu nombreux. Cette représentation est en grande partie fausse.
Il y a outre-Rhin des syndicats très puissants, comme IG Metall dans l’industrie, et il peut y avoir des grèves dures dans les périodes de négociations salariales. En ce moment par exemple, les syndicats du ferroviaire sont en grève et demandent la semaine de 35 heures sur 4 jours.
Les paysans sont également furieux parce que le gouvernement, pour équilibrer le budget de l’Etat, a décidé de revoir certains avantages fiscaux portant sur l’achat des véhicules ou du carburant pour le monde agricole.
L’agriculture allemande est bien plus résiliente qu’elle ne le laisse penser
Voyant la grogne monter, la coalition au pouvoir avait accepté d’étaler la remontée des taxes sur le diesel. Mais cela n’a pas suffi et les paysans ont déclenché un mouvement très dur. Certains redoutent maintenant que cela fasse tache d’huile et que l’Allemagne connaisse une forme de crise sociale à la « Gilets jaunes ».
Sur le fond, l’agriculture allemande est bien plus forte que ce que l’on croit. L’Allemagne, ce n’est pas que la machine-outil et l’automobile, c’est également une grande puissance agricole. Le pays est le deuxième producteur en Europe derrière la France et le quatrième exportateur mondial, devant l’Hexagone. L’agriculture ne représente que 0,8% du PIB allemand, deux fois moins qu’en France, mais celle-ci est plus intensive et possède des liens plus forts avec l’industrie agroalimentaire.
A 85%, l’Allemagne exporte des produits agricoles transformés, qui ont donc plus de valeur. Par ailleurs, si la taille moyenne des exploitations est presque la même qu’en France avec 65 à 70 hectares, dans l’ex-RDA à l’est du pays, les exploitations font souvent plus de 250 hectares. L’agriculture allemande est efficace et progresse.
Inflation, Ukraine, immigration… les problèmes s’accumulent en Allemagne
Les manifestations des agriculteurs sont certainement le reflet d’une inquiétude plus globale en Allemagne. L’industrie comme l’agriculture allemandes souffrent de l’inflation, en particulier de la hausse des prix de l’énergie. Il y a une menace sur leur compétitivité, ce qui est dommageable pour un pays qui exporte autant.
L’Etat fédéral est aussi traversé par une forme de crainte par rapport à l’Ukraine, grande puissance céréalière qui pourrait un jour rejoindre l’Union européenne.
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Enfin, il y a des problèmes liés à l’immigration. La période est tendue, à l’approche d’élections régionales et dans un contexte de montée de l’extrême droite. La hausse des taxes sur le diesel n’a peut-être été que l’étincelle qui a mis le feu aux poudres mais la situation était déjà globalement inflammable. Ce n’est pas parce que sur de nombreux points, l’Allemagne va mieux que nous, que tout y va bien.
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