Surprenez vos oreilles avec ces 10 instruments insolites

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Oubliez pour un moment le piano et le violon qui ont donné leurs plus belles heures à la musique classique. Radio Classique revient sur les instruments les plus insolites et tombés dans l’oubli.

Dans L’Homme révolté (1951), Albert Camus écrivait : « La musique existe où les symphonies s’achèvent, où la mélodie donne sa forme à des sons qui, par eux-mêmes, n’en ont pas, où une disposition privilégiée des notes, enfin, tire du désordre naturel une unité satisfaisante pour l’esprit et le cœur ». L’instrument n’est-il que secondaire dans la composition d’une œuvre ?

Le Bianqing, instrument chinois vieux de 3.000 ans

Composé d’un ensemble de carillons – instrument de musique composé de cloches – en pierre plate en forme de L connus sous le nom de « qing » (suspendus dans un cadre en bois et frappés avec un maillet), le bianqing occupait une place majeure à la cour chinoise dès l’Antiquité.

Importé en Corée dès la onzième année du règne du roi Yejong (de la dynastie Goryeo) en 1116 par l’empereur Huizong, le pyeongyeong est encore utilisé à la cour coréenne. Très apprécié de Confucius (VIe siècle av JC), l’instrument a connu une nouvelle vie dans les années 1980 en Chine.

Bien qu’ayant joué un rôle important dans la musique traditionnelle chinoise, le bianqing était surtout utilisé lors de grandes cérémonies et sacrifices. Il accompagne aujourd’hui les visites du Temple du Ciel, célèbre monument à Pékin.

Le Geigenwerk, le dernier exemplaire qui rappelle le clavecin

Invention remontant à 1575 par l’organiste allemand Heyden en s’inspirant des exergues de Leonard de Vinci (Codex Atlanticus en 1495), le geigenwerk (geige, « violon » et werk, « ouvrage ») est un instrument à clavier et à cordes frottées, contrairement au piano où les cordes sont frappées.

Malgré une forte ressemblance avec le clavecin, le geigenwerk offre la possibilité de faire un vibrato et de prolonger le son. À l’instar de l’orgue à l’époque, un assistant est nécessaire pour tourner la manivelle de cet instrument encombrant.

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L’instrument est livré pour la première fois à la chapelle de Munich en 1576. Aujourd’hui, il n’existe plus qu’un seul exemplaire du geigenwerk, au Musée des Instruments de Musique de Bruxelles (MIM).

Ocarina, un jouet en tête d’oie devenu compagnon pendant la guerre

Répandu dans de nombreuses cultures il y a plus de 10.000 ans, en Chine et dans les cultures mayas et incas, l’ocarina (de l’italien « petite oie » en raison de sa forme) est un instrument de musique à vent ovoïde.

Prisé à la cour du roi Charles Quint (1500-1558), l’ocarina peut posséder de 6 à 12 trous (en 1860, le musicien et boulanger Giuseppe Donati crée l’ocarina à 12 trous). Classé dans la famille des flûtes globulaires à conduit, l’ocarina était utilisé pendant la Première Guerre mondiale par les soldats afin de se remonter le moral.

Mais il fut peu à peu abandonné au profit de la flûte à bec, moins onéreuse. Le jeu The Legend of Zelda : Ocarina of Time sur Nintendo 64 ou le dessin animé Albator, personnage de fiction créé par Leiji Matsumoto en 1969, ont remis au goût du jour l’ocarina.

La guimbarde, instrument des peuples nomades… et des Bretons

« Lorsqu’on fait vibrer la langue, on entend un bourdonnement qui imite celui des abeilles, des guêpes et des mouches… [si l’on utilise] plusieurs guimbardes de différentes tailles, une curieuse harmonie se produit » observait le philosophe Marin Mersenne dans son Harmonie Universelle en 1636.

Bien qu’appelée « harpe juive » dans d’autres langues, la guimbarde n’a en réalité rien à voir avec le peuple juif et son existence remonterait au IIIe siècle avant notre ère chez les peuples nomades d’Eurasie. Compagnon de voyage idéal au Moyen-Âge et utilisée par les prétendants pour faire la cour à leur belle, elle est encore utilisée dans la musique folklorique traditionnelle en Asie centrale… et en Bretagne.

 

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Formée d’une armature et d’une languette fine, la guimbarde se sert de la cavité de la bouche comme résonateur et du doigt pour actionner la lamelle afin de produire des notes bien différentes.

L’erhu, instrument le plus répandu en Asie du Sud-est

Introduit à la fin de la dynastie Tang, l’erhu aurait pour ancêtre un instrument barbare d’Asie centrale ou de Mongolie, le xiqin (arrivé en Chine au Xe siècle). Joué lors des fêtes et des cérémonies, le succès de l’erhu dépasse les frontières de la cour chinoise.

Liu Tianhua, compositeur chinois du début du XXe siècle, en est le plus célèbre interprète. L’erhu s’est propagé dans le sud de l’Asie (Vietnam, Cambodge, Laos…) sous des appellations différentes, par le biais des colonies de marchands chinois.

Il existe de nombreuses écoles pour produire l’erhu. Traditionnellement, ceux produits à Shanghai ont des timbres plus doux ; les erhus produits à Pékin ont des timbres plus élevés ; et enfin, l’école de Suzhou combine les caractéristiques de Shanghai et de Pékin.

Le Sarangi, une vièle rudimentaire venue d’Inde et interdite aux hindouistes

Instrument à cordes frottées joué au Moyen-Âge en Inde, au Pakistan et au Népal, le Sarangi se compose d’une caisse de résonance rectangulaire recouverte d’une peau de chèvre sur laquelle repose un chevalet en ivoire. Le chevillier est extrêmement complet puisqu’il n’accueille pas moins de 35 cordes métalliques.

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Le musicien, un musulman ou un sikh (disciple de Guru Nanak qui ne croit ni aux idoles ni aux temples) du fait de l’interdit religieux frappant les hindous concernant les peaux animales, actionne alors un archet pour faire jouer l’instrument d’une hauteur de 70 centimètres.

Dungchen, la « trompette du dharma » longue de 4,5 mètres

Souvent utilisé dans les cérémonies bouddhistes tibétaines, le dungchen est un instrument à vent se présentant sous une forme de trompe des Alpes. De la famille des cuivres, cet instrument, composé de 3 parties, pouvait mesurer jusqu’à 4,5 mètres (!).

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En raison de sa taille, il faut exercer une grande pression soufflée pour émettre un son. Dans la culture mongole et tibétaine, seuls les hommes de plus de 13 ans peuvent apprendre à en jouer : le dungchen est alors posé sur l’épaule d’un assistant ou au sol.

Il semblerait que la première mention du dungchen remonte à l’arrivée du savant indien Atisha, célèbre moine du XIe siècle, dans la région du Ngari, préfecture du royaume de Gugé (actuel Tibet) particulièrement dynamique à l’époque.

A en croire les Annales bleues écrites par Go Lotsawa, historien tibétain du XVe siècle, le dungchen, de par le son effrayant qu’il dégageait, pouvait servir de repoussoir aux ennemis en cas d’invasion.

Tponaztli, l’idiophone à percussion des Mayas et des Aztèques

Cet idiophone à percussion, encore joué dans certaines régions du Mexique, est composé d’une « pièce de bois évidée dans laquelle est pratiquée une incision en forme de H », explique le Musée des Instruments de Musique (MIM) de Bruxelles.

La première description de l’instrument apparaît dans le Codex de Florence, une encyclopédie du monde aztèque réalisée par le moine franciscain Bernardino de Sahagun au XVIe siècle. Le missionnaire espagnol décrit le tponaztli comme un instrument à usage ludique (utilisé lors de lectures de poésie ou lors de grandes célébrations) et militaire.

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En effet, il était un moyen de communication efficace et, selon l’auteur, le sang des victimes était, à certaines occasions, versé dans le tambour au moment des sacrifices. De nombreux dérivés existent au Guatemala ou au Salvador.

Le gamelan inscrit au « patrimoine culturel immatériel de l’humanité » de l’Unesco

Plus qu’un instrument, le gamelan fait référence à un orchestre de percussions (gongs, cymbales, métallophones) caractéristiques des musiques indonésiennes (à Java, à Sunda et à Bali).

Le gamelan aurait connu son apogée au XIVe siècle dans le royaume de Majapahit, situé dans la partie orientale de l’île de Java en Indonésie. Selon la mythologie javanaise, il aurait été inventé en 230 par le dieu Sang Hyang Guru.

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Désireux de vouloir communiquer avec les autres dieux de la région, la légende raconte qu’il aurait créé plusieurs gongs afin d’exprimer des sons plus complexes. Ils sont devenus le gamelan.

Aujourd’hui, chaque île indonésienne possède son propre gamelan, aux caractéristiques et au style bien différents. En 2021, il est inscrit sur la « Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité » de l’Unesco.

Un instrument sans touche tombé dans l’oubli, le thérémine

La particularité de cet instrument inventé en 1920 par le Russe Lev Sergueïevitch Termen, connu sous le nom « Léon Thérémine » repose sur le fait qu’il ne possède aucune touche.

Le son est produit en approchant les mains à proximité des deux “antennes”, sans les toucher pour autant : l’antenne de gauche (horizontale) commande le volume selon la distance de la main et l’antenne de droite (verticale) gère la hauteur de la note.

Le physicien russe avait créé le thérémine à destination de la musique classique. Bien qu’approuvé par Lénine à sa sortie qui en commande 600 exemplaires, le thérémine est rapidement tombé en désuétude : sa diffusion s’est confinée à une certaine élite.

La biographie de son créateur, dans le film Theremin : An Electronic Odyssey réalisé par Steven M. Martin en 1994, a remis à l’honneur cet instrument insolite et méconnu du grand public.

Oscar Korbosli

 

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