Funérailles d’Ali Khamenei : un message politique de l’Iran au monde et aux États-Unis

Berno/SIPA

Elles ont commencé le 4 juillet et vont s’achever demain, jeudi 9 juillet : les funérailles de l’ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, s’étirent dans la durée. Loin d’être anecdotiques, elles constituent aussi un message multidimensionnel de la République islamique d’Iran adressé au monde et aux États-Unis. 

 

Ali Khamenei et d’autres hiérarques du régime avaient été tués par des frappes israélo-américaines le 28 février. Si ces obsèques se déroulent maintenant, c’est parce que le protocole d’accord, signé le 17 juin par Téhéran et Washington, autorise de facto qu’elles se tiennent sans redouter des attaques.

Cela constitue déjà une victoire, donc un signe. L’Iran ne rencontre aucune difficulté à vendre ce texte comme un triomphe politique et stratégique, car c’en est un.

Le régime tient malgré les événements de ces derniers mois

Plus de 30 pays sont représentés à ces funérailles, pas tous complètement alliés dans le cadre de l’Axe de la résistance. Chacun a eu droit à une récitation spécifique d’un verset du Coran truffé de messages politiques subliminaux.

Même si le nouveau guide, Mojtaba Khamenei, fils de l’ancien, demeure caché ou en tout cas absent des funérailles, officiellement pour des raisons de sécurité, le régime tient, que le guide soit mort, en incapacité ou vivant.

Le régime montre par ces funérailles que la contestation est morte 

C’est un signalement politique extérieur et intérieur. La présence visible, exceptionnelle, d’Ahmad Vahidi, le chef des gardiens de la révolution, l’un des deux ou trois vrais dirigeants du pays, est un message politique dans la guerre entre factions. Le régime signifie par cette grande manifestation que la contestation est morte et que les 40 000 victimes de la répression de janvier sont définitivement enterrées.

Comme cela pouvait être attendu, l’inhumation aura lieu à Machhad, dans le nord-est de l’Iran, dans le sanctuaire chiite de l’imam Reza. Il était aussi attendu que la procession s’arrête dans la sainte ville de Qom, haut lieu du chiisme iranien.

L’itinéraire même est aussi un symbole puisque le cortège passe par l’Irak

Mais le cortège funéraire passera aussi par les villes saintes de Nadjaf et Kerbala, situées en Irak. L’Iran considère ce pays comme son arrière-cour. Ses milices en sont un facteur majeur de déstabilisation. Si la population irakienne, en raison de l’exil des chrétiens, est à 55 % chiite, cela n’en fait pas des adeptes de Téhéran. La guerre entre les deux pays, qui a fait environ 700 000 morts entre 1980 et 1988, a laissé des traces dans la mémoire.

Surtout, « l’incursion » du cortège en territoire irakien signale la conception multinationale du chiisme iranien qui n’est rien d’autre qu’une forme d’impérialisme politique et une demande d’allégeance. Pour l’Iran, la fidélité à Téhéran doit l’emporter sur le patriotisme national. Le Hezbollah au Liban et le Jihad islamique en Palestine sont sur cette logique. En somme, cette grande procession est le signe de l’affirmation d’une puissance restaurée.

Le protocole d’accord est une bénédiction pour les Iraniens

On ne saurait prétendre que le régime soit relégitimé aux yeux de la population par la guerre menée par Israël et les États-Unis. Le régime espérait dépasser les 10 millions de personnes qui avaient, selon lui, assisté aux obsèques de l’ayatollah Ruhollah Khomeini en 1989, avec 15 millions de personnes à Téhéran. Des incitations fortes ont été émises et les chiffres sont peu contrôlables, et sans signification dans un régime totalitaire.

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Surtout, et c’est l’argument des réalistes au sein du régime contre ceux qui voulaient aller encore plus loin, le protocole d’accord est une bénédiction : aucune restriction sur le programme des missiles iraniens, engagements finalement vagues sur le nucléaire dont on ne sait s’ils tiendront dans cinq ou dix ans, aucun démantèlement des milices iraniennes, bien sûr aucun obstacle mis à la répression de la population, et surtout levée des sanctions, voire plus encore, possibilité pour l’Iran bientôt de commercialiser son pétrole et son gaz dont il détient les troisième et quatrième réserves mondiales.

Les dirigeants et cadres du régime, tous corrompus, en bénéficieront personnellement, et surtout, cet argent va servir à renforcer le régime et l’ensemble de ses supplétifs dans la région. Cela valait bien une procession de sept jours.

Nicolas Tenzer

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