DUDAMEL Gustavo – biographie

(1981- ) Chef d'orchestre

Gustavo Dudamel a la réputation d’être un chef d’orchestre charismatique. Formé au Venezuela par El Sistema, le directeur musical du Philharmonique de Los Angeles est aujourd’hui très convoité. Il se montre néanmoins fidèle à ceux qui le soutiennent, et notamment à l’orchestre Simon Bolivar, phalange d’El Sistema avec lequel il s’est fait connaître à l’international. Une des clés de son succès est peut-être sa générosité. Celui qui partage la musique avec tout type de public ou de musiciens avoue : “Il m’est impossible de considérer la musique comme une activité individuelle. J’ai besoin des musiciens, sans eux rien n’est possible.”

Gustavo Dudamel en 10 dates :

  • 1981 : naissance à Barquisimeto, Venezuela
  • 1995 : apprend la direction d’orchestre avec Rodolfo Saglimbeni, puis José Antonio Abreu.
  • 1999 : nommé directeur musical de l’Orchestre symphonique Simón Bolivar
  • 2003 : assistant de Sir Simon Rattle à Berlin et à Salzbourg
  • 2005 : signe un contrat avec Deutsche Grammophon.
  • 2006 : chef principal de l’orchestre symphonique de Göteborg (Suède)
  • 2009 : directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles
  • 2012 : Dudamel Fundation pour l’éducation musicale et la justice sociale.
  • 2020 : prolongé à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles pour un 3ème mandat, jusqu’en 2026.

 

El Sistema et l’Orchestre Simon Bolivar lui offrent son premier poste

Si Gustavo Dudamel est issu d’El Sistema, le programme vénézuélien qui promeut l’éducation musicale comme moyen d’insertion sociale, la musique n’est cependant pas absente de son cadre familial, loin s’en faut. Son père est tromboniste et sa mère professeure de chant. Comme beaucoup d’enfants dont les parents écoutent de la musique classique, la direction a d’abord été un jeu. “J’avais huit ans, je plaçais mes jouets devant moi, et je les dirigeais sur le disque qui passait”. A dix ans, il rejoint le fameux programme d’apprentissage créé par José Antonio Abreu en 1975. Il y étudie le violon, puis la direction. Son premier poste de chef lui est offert par l’Orchestre Symphonique Simón Bolivar, l’un des orchestres “maison” d’El Sistema – et le meilleur. Gustavo Dudamel a 18 ans, et découvre l’excitation des tournées internationales.

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L’Orchestre Philharmonique de Los Angeles le nomme directeur musical à seulement 28 ans

Le moment est venu de quitter le Venezuela. Après une masterclass avec Charles Dutoit à Buenos Aires en 2002, Dudamel s’envole pour l’Europe. Il devient l’assistant de Sir Simon Rattle à Berlin et à Salzbourg, puis remporte en 2004 le Concours Gustav Mahler à Bamberg. Dès lors, tout s’enchaîne. On l’appelle pour remplacer Neeme Järvi aux BBC Proms, à la tête de l’Orchestre Symphonique de Göteborg. La phalange suédoise le choisit en 2006 comme chef principal. La même année, il fait ses débuts à La Scala de Milan dans Don Giovanni. Puis on lui propose la direction musicale de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. Il succède ainsi en 2009 à Esa-Pekka Salonen, qui tire sa révérence au bout de seize ans. L’orchestre et son nouveau chef s’entendent si bien que son mandat est prolongé deux fois, jusqu’en 2026. Et la présidente du L.A. Philharmonic, Deborah Borda, de confier : « c’est un talent comme il en apparaît tous les cent ans. Gustavo est venu d’abord comme chef invité. D’emblée, il y a eu cette alchimie stupéfiante entre lui et l’orchestre, dans leur façon de communiquer et de se comprendre, et c’était pareil avec le public ». Los Angeles n’est pas le seul à acclamer le jeune chef. Le public européen lui réserve un accueil enthousiaste à chacune de ses apparitions, quel que soit l’orchestre qu’il dirige. Invité par les plus grandes phalanges internationales comme le Philharmonique de Berlin ou de Vienne, le succès ne lui fait cependant pas oublier ses origines. Dudamel est ainsi resté parallèlement à la tête de l’Orchestre Simon Bolivar.

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Le métier de chef d’orchestre demande diplomatie, invention et réflexion

Quand on lui demande ce qu’il aime dans son métier, Dudamel répond : “Les gens et la musique.” Et de rappeler que diriger un orchestre n’est pas faire preuve d’autoritarisme. “Vous ne pouvez pas arriver et imposer, non, vous proposez ; vous partagez l’expérience [des musiciens] avec vos propres idées, vos connaissances”. Outre du tact, la direction requiert aussi de s’interroger. “Il faut réfléchir à comment on fabrique le son, et pourquoi on veut précisément ce son-là”. Cette recherche, que Dudamel qualifie de “philosophique, parce qu’on cherche une réponse à une question [intérieure]”, guide perpétuellement la démarche du chef d’orchestre en même temps qu’elle lui permet de se faire comprendre des instrumentistes. Dans une interview accordée à Télérama en 2016, il évoque sa manière de travailler avec ses musiciens : “J’aime chanter, utiliser des métaphores, des analogies, raconter des histoires, pointer de petits détails qu’on peut partager, et qui donnent un autre point de vue aux musiciens.” Mais il avoue que le plus important chez un chef est “d’inspirer les autres. Vous pouvez avoir une connaissance technique sans faille, mais si vous n’inspirez pas le groupe, vous ne ferez rien de spécial. Personne n’aime écouter un morceau propre, parfait, mais sans âme.»

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Le YOLA et la Dudamel Fundation exportent l’esprit d’El Sistema aux Etats-Unis

Les principes éducatifs d’El Sistema ont essaimé partout dans le monde. Los Angeles ne fait pas exception et a lancé son propre programme social en 2007, sous la houlette du Philharmonique : the Youth Orchestra of Los Angeles (YOLA). Dudamel en est bien-sûr le directeur artistique. “Partager la musique avec des enfants – qui ne pourraient sans doute pas y accéder autrement – c’est partager la beauté et une manière différente d’être. Cela peut changer leur vision de ce qui est possible pour eux”, déclare-t-il sur la page d’accueil du site. Le programme inclue des cours de musique, la pratique collective et le prêt d’un instrument, mais aussi du soutien scolaire. Il concerne aujourd’hui 1 300 jeunes musiciens aux Etats-Unis, issus de familles défavorisées. “L’accès à la musique doit faire partie des droits humains ! La musique, l’art, la culture nous sont aussi nécessaires que la santé, l’éducation… Et pas comme des concepts abstraits, mais pour bâtir sa vie.” En 2012, Dudamel a par ailleurs créé une fondation portant son nom, pour l’éducation musicale et la justice sociale.

 

Face au contexte politique explosif au Vénézuela, il a d’abord tenté de rester “neutre” avant de prendre position contre les agissements de Maduro

En 2013, Dudamel dirige l’Orchestre Simon Bolivar aux funérailles du président Chavez. Une photo le montre à cette occasion en larmes dans les bras du nouveau dirigeant du pays, Nicolas Maduro. En septembre 2016, alors que la politique du nouveau président est très contestée, le chef d’orchestre publie un article dans le Los Angeles Times intitulé « Pourquoi je ne parle pas de la politique vénézuélienne ». Certains de ses compatriotes lui ont reproché cette neutralité, comme la pianiste Gabriela Montero qui n’hésite pas de son côté à dire clairement ce qu’elle pense. Mais durant l’été 2017, Dudamel sort du silence. Les manifestations à Caracas, réprimées par les autorités, ont fait 120 victimes en à peine quatre mois. Sur son compte Facebook, Dudamel écrit : “J’élève ma voix contre la violence et la répression. Rien ne peut justifier que le sang soit versé. Nous devons cesser d’ignorer le juste cri d’un peuple suffoqué par une crise intolérable”. En parallèle, il réagit dans le quotidien espagnol El Pais à la réunion d’une Assemblée constituante au Venezuela pour destituer l’Assemblée nationale. Il prend aussi parti pour Wuilly Arteaga, un violoniste formé comme lui par El Sistema, qui avait été arrêté lors d’une manifestation à Caracas et emprisonné pendant une vingtaine de jours. La vidéo du musicien jouant du violon au milieu des gaz lacrymogènes avait fait le tour du monde sur les réseaux sociaux. Mais la réponse du pouvoir politique ne se fait pas attendre : Maduro critique la prise de position de Dudamel, et la tournée internationale que le jeune chef devait faire avec l’Orchestre Simon Bolivar est annulée. Quelques mois plus tard, Dudamel obtient la nationalité espagnole. Doit-on en conclure, comme le magazine Diapason, qu’il peut désormais retourner diriger dans son pays natal… sans risquer de se faire confisquer son passeport ?

 

“J’adore diriger des opéras, même si le public me connaît surtout comme chef symphonique. J’espère pouvoir m’y consacrer de plus en plus, car le répertoire me passionne.”

Voilà ce que disait Dudamel en 2017, pour ses débuts à l’Opéra de Paris dans La Bohème. Parmi les œuvres vocales qu’il a déjà dirigées, on compte des Verdi (Aïda et le Requiem à Los Angeles, Rigoletto à Tokyo, Otello au Met…), des Puccini (La Bohème à Caracas, Turandot à Vienne, Tosca à Los Angeles…) ou encore des Mozart (Les Noces de Figaro à Berlin, Cosi fan tutte et le Requiem à Los Angeles…). Mais aussi du répertoire du XXème siècle, comme Le Songe d’une nuit d’été de Britten, la Messe glagolitique de Janacek ou West Side Story de Bernstein. S’il recommande de ne pas diriger Bruckner trop jeune, Dudamel rappelle aussi qu’on acquiert de la maturité au fur et à mesure où on travaille les œuvres. “Je vois [l’œuvre] sous un autre angle, parce que je l’ai déjà faite.” La création contemporaine tient aussi sa place dans son parcours (John Adams, Esteban Benzecry, Steven Stucky, Peter Lieberson…), sans oublier les œuvres de compositeurs sud-américains (Silvestre Revueltas ou la fameuse Danzon n°2 de Marquez, dont il largement contribué à faire un tube).

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Parmi ses enregistrements, on note une intégrale des symphonies de Beethoven. Dudamel fait très finement remarquer que l’adagio de la Neuvième Symphonie, s’il “conduit à des saillies d’explosions créatives, [le fait] toujours dans le cadre d’une certaine discipline. Beethoven était libre à l’intérieur de sa discipline.” Liberté, donc, mais pas chaos. Comme les interprétations du jeune chef.

 

Ouvrir la musique classique au plus grand nombre semble être l’un de ses crédos

Charismatique, Gustavo Dudamel l’est incontestablement. Et il sait s’en servir. En 2016, il n’hésite pas à s’associer à Beyoncé, Coldplay et Bruno Mars à la mi-temps du Super Bowl, la finale de la ligue américaine de football. Certains y voient une posture médiatique, d’autres le moyen d’ouvrir la musique classique à un autre public. Toujours pour faciliter l’accès au plus grand nombre, Dudamel propose aussi à sept quotidiens européens de diffuser gratuitement ses concerts sur leurs sites. Avec des initiatives aussi populaires, rien d’étonnant à ce que la série “Mozart in the jungle” s’inspire pour leur personnage chef d’orchestre… de Gustavo Dudamel ! Le vénézuélien commente : “Cette série est un joli moyen d’intéresser les nouvelles générations à la musique classique.” Et il se paiera même le luxe d’une brève apparition au début de la deuxième saison.

Gustavo Dudamel en répétition avec l’Orchestre Harvard Radcliffe dans la Symphonie n°5 de Chostakovitch

 

 

Le chef Gustavo Dudamel est-il dès maintenant une légende vivante ?

En 2017, Dudamel dirige le Nouvel An à Vienne. Il a 35 ans, alors que les chefs choisis pour ce concert légendaire sont habituellement bien plus âgés. Est-ce le signe qu’il est dès maintenant entré dans la légende ? “Diriger requiert beaucoup de connaissances et de conviction. En règle générale, le chef, c’est l’incarnation de la maturité. Je commence enfin à atteindre cette position ! Quand j’allais diriger de grands orchestres, j’ai longtemps été le plus jeune. Ce n’est plus le cas. Je vieillis et je m’en réjouis !” D’autres issus d’El Sistema commencent à arriver en Europe, comme la cheffe Glass Marcano repérée à 24 ans au concours La Maestra de la Philharmonie de Paris en 2020. Nul ne sait quel avenir les attend. Mais celui de Dudamel, qui les a précédés, est maintenant assuré.

 

 

Sixtine de Gournay

 

 

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