A quoi sert un chef d’orchestre ?

Le chef d’orchestre se tient debout devant les musiciens. Il agite les bras, souvent en tenant une fine baguette de la main droite. A quoi sert-il ? Comment est-il choisi ?

 

A quoi sert le chef d’orchestre, debout sur son estrade ?

Il est debout sur une estrade, pour que tous le voient bien. Il bat la mesure afin que les musiciens restent synchronisés sur le même tempo, et indique à certains instruments l’entrée de leur solo. Mais pas seulement. Le chef d’orchestre transmet surtout aux musiciens sa vision de l’œuvre, la manière dont il souhaite qu’ils l’interprètent. C’est pourquoi, pendant longtemps, le chef était considéré comme plus important que l’orchestre lui-même. Il était la tête, les autres n’étaient “que” les doigts. Mais sans doigts, pas de musique. L’ère des chefs tyranniques comme Toscanini ou Karajan est révolue. Aujourd’hui un chef doit plus que jamais diriger “avec” ses musiciens. Est-ce pour cela que certains chefs abandonnent la traditionnelle baguette, symbole de leur position ? A moins qu’avoir une deuxième main libre leur donne simplement une plus grande palette d’expression corporelle, certains chefs aimant donner des indications d’interprétation du bout des doigts.

 

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Le chef d’orchestre est-il le seul à diriger les musiciens ?

Non. Prenez les violoncelles, par exemple. Ils suivent… la partition, bien-sûr. Mais aussi leur chef de pupitre, qu’on appelle le chef d’attaque. Dans des passages difficiles à synchroniser, ils se calent sur lui. Et lors des partielles (répétitions par pupitre), il les conseille sur un doigté ou un coup d’archet. Naturellement, ça ne les dispense pas de regarder aussi le chef d’orchestre ! Certains orchestres de petite taille ont cependant décidé aujourd’hui de se passer de chef, ressuscitant la tradition des XVIIème et XVIIIème siècles. Les orchestres étaient alors beaucoup plus réduits, parce qu’avec peu ou pas d’instruments à vent. Le premier violon ou le claveciniste/pianiste donnait les indications de tempo à grand renfort de mouvements de tête et des coudes. Dans les grands orchestres symphoniques, ce “leader” (comme disent les anglo-saxons) n’a d’ailleurs pas totalement disparu. C’est le premier violon de l’orchestre. Si un musicien se perd un peu dans la battue du chef, il suit le premier violon.

 

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Comme dans le football, y a-t-il un mercato des chefs d’orchestre ?

Souvent, l’institution propose un chef permanent et les musiciens approuvent ou refusent ce choix. Mais il arrive aussi que les musiciens “testent” des chefs sur une saison. Ce fut le cas pour l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, lorsque s’est posée la question de la succession de Michel Plasson, ou plus récemment de l’Orchestre de Paris au départ de Daniel Harding. Au-delà de l’entente humaine et artistique, différents critères entrent en jeu : la langue, la ville où le chef est prêt à habiter, et sa disponibilité sur les années à venir. Vu le nombre de phalanges orchestrales dans le monde et la tendance actuelle à changer de chef plus souvent qu’autrefois, on serait tenté de parler de “marché des chefs”. Un peu comme dans le football. Certains chefs très connus sont souvent demandés…. mais peuvent se révéler très chers. La jeunesse peut aussi être un atout, pour apporter une nouvelle dynamique à l’orchestre. On réservera alors les légendes vivantes pour un ou deux concerts, en chef invité. Enfin, une ouverture à la féminisation des chefs semble se dessiner (citons par exemple Marin Alsop, cheffe des Symphoniques de Baltimore et de Sao Paulo, ou Karina Cannellakis, cheffe du Philharmonique de la Radio néerlandaise…). On ne peut que s’en réjouir !

Tugan Sokhiev, successeur de Michel Plasson à la direction musicale de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse

 

Quelle est la différence entre directeur musical et chef invité ?

Le directeur musical est nommé pour un mandat de quelques années (souvent entre 3 et 5 ans), renouvelable plusieurs fois. On l’appelle aussi chef principal ou chef permanent. Il oriente le choix du répertoire de la saison et des tournées, donne son avis sur le recrutement de nouveaux musiciens, et dirige l’orchestre pour un certain nombre de concerts par an (variables selon les orchestres). S’il reste assez longtemps, il peut donc le façonner, comme Michael Tilson Thomas à la tête du Symphonique de San Francisco depuis 1995. D’autres chefs viennent diriger l’orchestre épisodiquement, pour un concert ou une production s’il s’agit d’un opéra. Ce sont les chefs invités. Ils apportent un autre éclairage à l’orchestre, et peuvent attirer le public au même titre qu’un soliste. Cependant, certains chefs semblent devoir rester éternellement à la tête de leur orchestre : ce sont les fondateurs. Ils ont créé leur orchestre et font donc partie de son âme, comme Jean-Christophe Spinosi avec l’Ensemble Mattheus, ou François-Xavier Roth avec Les Siècles.

 

Sixtine de Gournay

 

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