Philippe Jaroussky

Le contre-ténor français le plus demandé relève du phénomène non seulement pour son timbre, d’une musicalité inouïe, mais pour son expressivité naturelle et son insatiable curiosité. Né en région parisienne (Maisons-Laffitte) le 13 février 1978, d’ascendance russe du côté paternel, Philippe Jaroussky ne découvre sa vocation qu’au collège, grâce à un professeur de musique charismatique. A onze ans, il commence à jouer du violon avec passion (il obtiendra un premier prix du Conservatoire de Versailles) mais aime parfois chanter en « voix de tête » et assiste à dix-huit ans à un concert de musique baroque par le contre-ténor Fabrice di Falco. C’est une révélation, et il travaille aussitôt le chant avec Nicole Fallien (qui est toujours son professeur), étudie la musique ancienne et commence à se produire avec l’Ensemble Il Seminario Musicale de Gérard Lesne et sous la direction de Jean-Claude Malgoire. Il chante avec d’autres ensembles baroques, La Fenice ou Matheus (Jean-Christophe Spinosi), mais fonde dès 2002 autour de la claveciniste Yoko Nakamura son propre groupe de musiciens, Artaserse, qui l’accompagne en tournée et lui sert un peu de laboratoire.

A la différence de chanteurs d’opéra pouvant briller avec d’immuables standards, Philippe Jaroussky est en effet en quête perpétuelle de nouvelles partitions, allant d’un « Concert pour Mazarin » (titre d’un de ses CD Virgin, son éditeur exclusif) et de compositeurs du Seicento à la musique contemporaine, avec la création de Sonnets de Marc-André Dalbavie. Encouragé par le violoniste Renaud Capuçon et accompagné au piano par Jérôme Ducros, il a abordé les mélodies françaises « fin de siècle » et son disque « Opium » a rencontré un succès considérable. Conscient de l’émotion immédiate suscitée par le baroque, ce double lauréat des Victoires de la Musique renouvelle aussi le cœur de son répertoire, allant d’airs héroïques ou de cantates virtuoses de Vivaldi à la recherche du répertoire favori du castrat Carestini  (grand rival de Farinelli) et d’inédits de Jean-Chrétien Bach. Au gré de ses découvertes enthousiasmantes, il multiplie les échanges avec divers musiciens, tels Fabio Biondi ou Jérémie Rhorer, et a notamment partagé deux approches complémentaires de Monteverdi avec Emmanuelle Haïm et Christina Pluhar. En compagnie de cette dernière et de son ensemble L’Arpeggiata, Philippe Jaroussky a aussi participé au sublime « Via Crucis » et ne cesse de renouveler notre émerveillement. En témoigne une fois encore son tout dernier album dédié à Antonio Caldara.

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique