Proche-Orient : « Les manifestants d’ici, sans le faire exprès, limitent la société palestinienne au Hamas », déplore le dessinateur Joann Sfar

SADAKA EDMOND/SIPA

Le célèbre dessinateur et réalisateur Joann Sfar publie aux éditions Les Arènes Nous vivrons, sur les 4 mois qui ont suivi les attentats du 7 octobre en Israël. Il déplore que les manifestations pro palestiniennes en France, ne traduisent pas la réalité du terrain.

Qu’est-ce qui a changé dans le discours des militants pro palestiniens au fil des années ? Joann Sfar, arrivé à Paris dans les années 90 et qui se définit lui -même comme un « militant pour la Palestine », décrit des rencontres entre Palestiniens, Israéliens et étudiants français, au cours desquels « on mélangeait [les] narratifs ». Aujourd’hui ce sont des slogans qui « occultent les voix palestiniennes » .

Il assure que certaines « voix militantes nous font croire que la Palestine, c’est la voix du Hamas. Heureusement ce n’est pas le cas », rappelant que le mouvement a été élu à une faible majorité, et « tient en otage le peuple palestinien et son voisin israélien ».

Un consensus pour « que le sang cesse de couler »

Alors que les manifestations étudiantes se multiplient en France pour défendre la cause palestinienne, l’invité de David Abiker pointe, « malgré la meilleure volonté du monde », une coupure de la réalité palestinienne et israélienne. « Ici, les manifestants, sans le faire exprès, limitent les Palestiniens au Hamas ». Or Joann Sfar estime qu’il y a un consensus : « que le sang arrête de couler ». « La plupart des gens sont hostiles aux massacres et n’ont aucune passion pour le Hamas ou Netanyahu ».

Ainsi, « avec les meilleures intentions, certains parlent à la place des Palestiniens et à la place des Israéliens. Ils ne relaient pas la réalité de là-bas et [se créent] un Proche-Orient imaginaire », souligne le dessinateur, qui a recueilli de nombreux témoignages, en France et en Israël. Malgré les confusions qu’il pointe dans le discours étudiant, il souligne que « ce n’est peut-être pas une erreur quand [les jeunes] disent le Proche-Orient est essentiel aujourd’hui. Nous vivons un moment historique ».

Les Palestiniens tentent de dire qu’ils ne se limitent pas au Hamas

Il se dit particulièrement frappé par le déchirement des Palestiniens d’Israël et des arabes israéliens, rappelant qu’il y a eu « beaucoup de musulmans parmi les victimes des massacres du 7 octobre ». Certains d’entre eux se déclarent Israéliens « ce qui est parfaitement nouveau, et réclament plus de droits dans la société israélienne », souligne Joann Sfar.

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Il a également été marqué au cours de ses recherches par « le narratif des juifs orientaux, qui peinent à dire leur histoire, qui ont des complexes alors qu’ils représentent la majorité des juifs d’Israël ». Il note qu’en parallèle, « à Gaza et en Cisjordanie, les Palestiniens tentent de dire qu’ils ne se limitent pas au Hamas ».

Béatrice Mouedine

 

 

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