Expulsion de migrants du Royaume-Uni vers le Rwanda : Le monde devient-il de moins en moins hospitalier ?

Joan Mateu Parra/AP/SIPA

Le 22 avril, la Chambre des Communes britannique votait une loi répressive prévoyant de détenir les demandeurs d’asile avant de les expulser vers le Rwanda. La demande de durcissement des conditions de refoulement des migrants sud-américains à la frontière mexicaine retarde le vote d’un nouveau soutien à l’Ukraine. A nouveau, la question migratoire alimente le débat des européennes. 

La loi votée par les Tories de la Chambre, contre l’avis des Lords et pour outrepasser une décision de la Cour suprême, est un exemple de renonciation à l’esprit de la tradition britannique fondée sur le Bill of Rights. Cas extrême, car le Rwanda n’est pas vraiment un Etat de droit, ce refoulement des demandeurs d’asile sans examen enfreint la Convention de Genève sur les Réfugiés de 1950, pourtant d’inspiration britannique.

Les ONG dénoncent régulièrement l’attitude des Etats européens, souvent de moins en moins accueillants. Le gouvernement danois, social-démocrate, projetait de renvoyer chez eux des réfugiés syriens où ils encouraient la torture et la mort.

Les mesures restrictives ne limitent pas le flux des migrants fuyant l’oppression ou la mort, car le nombre de ceux traversant la Manche a augmenté de plus de 20 % depuis le début de l’année. 15 y sont morts depuis le 1er janvier et 30 000 sont en Méditerranée depuis 2013 dont 3000 en 2023. Le monde de demain sera un monde de migrations, mais les causes en sont différentes.

La migration devient une arme

Les réfugiés sont des personnes qui peuvent craindre l’emprisonnement ou la mort en raison de leur appartenance, de leur religion ou de leurs opinions. Les personnes déplacées ou réfugiées ont atteint un record en 2023 avec 110 millions de personnes à travers le monde, contre 65 en 2015, dont 36,4 de réfugiés. Ils sont d’abord syriens, afghans, ukrainiens, sud-soudanais.

En France, le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 27 % en 2022 à la suite de la réouverture des frontières après la crise sanitaire et de 8,6 % en 2023. L’immigration syrienne au milieu des années 2010 a été instrumentalisée par Moscou pour alimenter ses alliés d’extrême droite jouant sur ces peurs. Le dictateur Loukachenko, au Bélarus, pousse les migrants qu’il fait venir vers la frontière polonaise. Ainsi, la migration devient une arme.

Pas de reflux migratoire en vue

On sait ce que provoquerait une défaite de l’Ukraine et c’est pourquoi agir contre les dictatures est le meilleur moyen de limiter ce type de migrations. Aux Etats-Unis, en 2023, 3,2 millions de migrants sont entrés illégalement, dont 2,5 millions par venus du sud (Mexique, Guatemala, Honduras, Salvador).

Le mal-développement de nombreux pays du Sud, lié à la corruption, les conséquences du réchauffement climatique, l’appauvrissement de la ressource hydrique, ne laissent en effet pas augurer un reflux migratoire et les expériences de co-développement pour les limiter ne furent pas à la hauteur des enjeux.

Merkel et Meloni accordent des titres de séjour

Le patronat allemand avait félicité Angela Merkel pour l’accueil des 1,5 million de migrants syriens en raison de la qualité de la main-d’œuvre. En Italie, Georgia Meloni qui avait fondé sa campagne sur l’arrêt de l’immigration a accordé 450 000 titres de séjour aux travailleurs étrangers en décembre, car l’Italie affronte une pénurie de bras. Rien n’indique non plus un lien de causalité entre migrations et criminalité.

Pour le marché du travail non qualifié, la plupart des pays du nord ont besoin de migrants pour combler le déficit démographique qui ne va que croître. Quant au marché du travail qualifié, il est à la fois mondial et, pour partie, délocalisable en raison du travail à distance. Certes, pour reprendre les mots de Michel Rocard, aucun pays ne peut « accueillir toute la misère du monde ». Le Pacte Migration et Asile, voté par le Parlement européen ce 10 avril, vise à trouver une position juridique équilibrée devant une immigration qui restera inévitablement pour partie illégale.

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Pour les réfugiés, nous devons respecter des principes du droit international conformes à nos valeurs, car une immigration zéro nous appauvrirait intellectuellement et économiquement. C’est aussi une illusion qu’il faut considérer comme telle.

Christian Makarian

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