Après l’attaque de drones lancée par l’Iran contre Israël dans la nuit du 13 au 14 avril dernier, en réponse à des frappes sur son consulat à Damas, Téhéran indiqué considérer « l’affaire » comme « close ». Malgré tout, la question d’une éventuelle riposte de l’Etat hébreu reste en suspens, faisant craindre un embrasement aux acteurs politiques impliqués dans la région. Hugo Micheron, enseignant-chercheur en sciences politiques à Sciences Po et auteur de La colère et l’oubli. Les démocraties face au jihadisme européen (Gallimard), revenait pour Radio Classique sur ces récents développements, jeudi 18 avril.
Sur le plan militaire, l’Iran « utilise des moyens non-conventionnels », observe Hugo Micheron, notamment en soutenant des « groupes supplétifs dans la région » comme le Hezbollah, les Houtis ou le Hamas qui « peuvent employer des méthodes terroristes », comme cela a été le cas le 7 octobre.
« En même temps, l’Iran est aussi un acteur rationnel qui utilise des moyens très conventionnels », complète-t-il. Cela se serait traduit dans la façon dont le pays a mené son attaque contre Israël, avant laquelle il « a cherché à prévenir » l’Etat hébreu, les autres Etats de la région et les Etats-Unis, permettant ainsi à la défense anti-aérienne de ces pays de se mobiliser.
L’Iran cherche à éviter une escalade
Après la frappe de son consulat à Damas, le pays « devait réagir pour garder la face », juge le chercheur. « [L’Iran] cherche à la fois à se présenter comme l’acteur qui est agressé par Israël et à éviter une escalade », analyse-t-il. Selon lui, l’Etat fait usage de « modes d’engagement proportionnés ». Le recours à des proxys et à des moyens non-conventionnels serait surtout « le fruit d’un rapport technologique et militaire qui est très défavorable à l’Iran » et une manière de « compenser une infériorité stratégique ».
D’ailleurs, le pays aurait « plutôt eu tendance à tirer sur la bride de ces groupes » plutôt que de les « pousser », estime Hugo Micheron, afin de faire en sorte que le conflit reste à l’état de « guerre ouverte larvée ». « A priori, le scénario de guerre ouverte au Moyen-Orient ne profiterait à personne », rappelle-t-il.
La Russie et la Chine sont très impliquées dans la région
La menace d’une éventuelle réponse israélienne aux frappes iraniennes plane sur la région. S’il n’est « pas certain que la décision ait été prise », le chercheur indique que la majorité des responsables israéliens semble en faveur d’une riposte, sans toutefois parvenir à trouver d’accord. L’Etat pourrait se décider pour une « réponse militaire traditionnelle, qui fait clairement courir le risque d’une escalade », comme il pourrait choisir de maintenir sa « stratégie de ciblage d’officiels iraniens ».
A lire aussi
La Chine et la Russie affichent leur soutien à l’Iran et les deux Etats sont « très impliqués au Moyen-Orient », rappelle également l’enseignant à Sciences Po. En effet, la Russie a encore des intérêts et des troupes dans la région, résultats de son intervention dans la guerre en Syrie débutée en 2015. La Chine, quant à elle, « dépend abondamment des ressources énergétiques du Moyen-Orient ».
Ella Couet
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale