Moyen-Orient : En attaquant Israël, l’Iran est tombé dans le piège de Netanyahu

Ronen Zvulun/AP/SIPA

Après l’attaque massive à laquelle s’est livré l’Iran dans la nuit de samedi à dimanche 14 avril, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu semble avoir remporté une victoire importante. Pourquoi ?

Un véritable changement de paradigme est en train d’avoir lieu entre Israël et la République islamique d’Iran. Jusqu’ici, le combat qui opposait ces deux pays se faisait en fonction d’une sorte d’opacité savamment entretenue de part et d’autre.

Il s’agissait d’une guerre de l’ombre dans laquelle l’Iran agissait par l’intermédiaire de ses proxys et Israël frappait l’Iran et ses alliés sans laisser de signature, afin que l’ennemi reconnaisse sa marque dissuasive. Certes, le Hezbollah au Liban, Bachar El-Assad en Syrie, les milices pro-iraniennes en Irak, les Houthis au Yémen et le Hamas formaient un cercle, mais cela permettait à Israël de disposer d’une palette de cibles à frapper, à l’envi.

Le conflit entre dans une nouvelle phase

Désormais, le choc est devenu frontal, conformément au discours de Benjamin Netanyahu qui désigne inlassablement la destruction directe des capacités militaires de l’Iran comme une cause existentielle pour Israël. Le confit entre dans une toute autre phase.

Pour la première fois, l’Iran a en effet frappé directement le sol israélien. Plus de 300 drones et missiles ont été tirés, dont les deux tiers à partir de l’Iran et un tiers en provenance du Liban ou du Yémen. Cette escalade, qui a nécessité une trentaine de missiles de croisière et 120 missiles balistiques du coté iranien, a entraîné de la part d’Israël une action de défense anti-aérienne qui a coûté près d’un milliard de dollars en seulement quelques heures.

L’attaque fait oublier les ravages à Gaza

Les règles anciennes du combat entre Jérusalem et Téhéran viennent de changer après qu’un point de non-retour a été atteint. Si l’Iran se contentait d’envoyer le Hezbollah et les Houthis du Yémen contre Israël, il passerait pour une puissance faible. Mais en attirant les Iraniens sur le terrain de la confrontation directe, Benjamin Netanyahu a actionné un piège.

D’une part, il ouvre un deuxième front qui fait subitement oublier les ravages accomplis à Gaza et l’exigence de cessez-le-feu formulée par les pays occidentaux. D’autre part, Israël contraint ses alliés occidentaux, qui se trouvent du coup obligés de le soutenir face à une agression venant d’Iran. C’est ainsi qu’il faut interpréter la célérité avec laquelle l’Etat-major israélien a annoncé la participation de la France aux opérations de défense anti-aérienne, une révélation un peu embarrassante pour Paris.

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Avant l’attaque iranienne, Israël était en difficulté face aux réprobations du monde entier au sujet de Gaza. Mais à présent, la famille des démocraties s’est resserrée autour de l’Etat hébreu, qui change soudain de figure pour se retrouver dans la position du pays agressé. Il ne fait nul doute que la main de Benjamin Netanyahu se trouve derrière ce revirement.

Christian Makarian

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