Pourquoi le discours de Donald Trump sur l’avortement rejoint étrangement celui de Vladimir Poutine

Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Aux Etats-Unis, la Cour suprême de l’Arizona vient de décider d’interdire l’avortement. Et en Russie, Vladimir Poutine s’oppose à l’interruption volontaire de grossesse. Pourquoi ce sujet est-il devenu aussi sensible ?

Par une décision de la Cour suprême d’Arizona, une loi datant de 1864 qui restreignait très strictement les cas d’avortement vient d’être déclarée applicable dans cet état. Elle n’autorise l’interruption volontaire de grossesse que dans un seul cas : si la vie de la mère est mise en danger. Ni le viol, ni l’inceste ne sont considérés comme des exceptions recevables.

La décision de la juridiction la plus élevée de l’Arizona paraît fondée en droit car elle repose sur l’interprétation directe d’une autre décision, de valeur supérieure, prise par la Cour suprême fédérale il y a près de deux ans. Le 24 juin 2022, la Cour suprême des Etats-Unis avait décidé de retrancher l’avortement de la catégorie des droits constitutionnels fondamentaux, contrairement à ce qu’avait proclamé, en 1973, le très célèbre arrêt « Roe vs Wade » prononcé par la même cour.

Une cause déterminante pour les conservateurs chrétiens

La Cour suprême a ainsi ouvert la possibilité pour chaque Etat américain de légiférer sur l’avortement comme il l’entendait, sans astreinte constitutionnelle fédérale. C’est ce que vient de faire l’Arizona. Mais le débat n’est pas seulement juridique, il est aussi moral et politique. Depuis des années, l’avortement est devenu une cause politique déterminante pour le camp des conservateurs américains, et plus spécialement le courant chrétien littéraliste, évangélique mais aussi catholique.

Le combat contre l’IVG concentre en lui-même tous les refus engendrés par l’évolution galopante des mœurs aux Etats-Unis, que synthétise par exemple le courant LGBT, devenu au fil des ans LGBTQIA. Beaucoup d’Américains ne se reconnaissent plus dans cette société de la diversité par fragmentation perpétuelle.

Trump et Poutine se rejoignent

Les répercussions politiques sont directes au sein du camp républicain. Donald Trump, qui a longtemps hésité à se prononcer clairement sur le sujet, était initialement favorable à une loi de compromis sur l’avortement, or il vient de changer de position brusquement : désormais, il estime qu’il revient à chaque Etat de décider de sa propre législation en la matière.

Trump a une approche purement transactionnelle de l’IVG, comme le résume une de ses déclarations : « Vous devez aussi gagner les élections et restaurer notre culture et, en fait, sauver notre pays qui est actuellement et tristement une nation en déclin ».

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Un discours qui rejoint étrangement celui de Vladimir Poutine, parti en croisade contre l’avortement en Russie pour une tout autre raison, qui est de lutter contre le déclin démographique. Le président russe, avec l’appui de l’Eglise orthodoxe, ne cesse de plaider pour que les femmes renoncent d’elles-mêmes à ce droit, pourtant reconnu par la loi, qui, dit-il, affaiblit la nation. Une constatation s’impose : ce sujet reste immanquablement lié à l’expression de la force.

Christian Makarian

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