Et si Trump redevenait président des Etats-Unis ? En Europe, l’hypothèse doit être prise au sérieux

Andrew Harnik/AP/SIPA

La question d’un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche agite depuis un certain temps les dirigeants européens, y compris le président français.

Emmanuel Macron y avait fait droit lors de son discours du 31 mai à Bratislava. C’était le sens de son plaidoyer pour le renforcement de la défense européenne, avant même le déclenchement de la guerre totale russe contre l’Ukraine. Ses propos sur l’autonomie stratégique, à l’époque, avaient été d’autant moins entendus qu’il était encore sur une position jugée trop lénifiante envers Moscou.

Maintenant qu’il a abandonné son idée d’une « architecture de sécurité et de confiance » avec la puissance révisionniste de l’est et que les trumpistes au Congrès bloquent une aide supplémentaire à l’Ukraine, la constitution d’une capacité de défense européenne qui serait conduite à se passer des garanties américaines, jugées pour le moins incertaines, a acquis une certaine urgence.

L’OTAN est « obsolète », selon Donald Trump

Certes, Trump a montré qu’il pouvait être imprévisible et erratique. Les liens du magnat de l’immobilier et de certains de ses proches avec la Russie a été établi. Lors de sa présidence, il avait déclaré que l’OTAN était « obsolète ». Il prétend pouvoir résoudre la guerre russe contre Kiev en un jour, pratiquement en imposant des compromis inacceptables à l’Ukraine.

Sa doctrine America First, empruntée à l’extrême droite américaine d’avant la Seconde Guerre mondiale, complaisante envers Hitler et refusant tout engagement dans la guerre aux côtés des Alliés, pourrait conduire à un désengagement militaire en Europe et, dans l’immédiat, à un arrêt de l’aide à l’Ukraine. Trump accepterait-il l’activation de l’article 5 du traité de l’OTAN si un État balte était attaqué ?

On devrait s’attendre aussi à un protectionnisme encore accru, avec des droits de douane toujours plus importants sur les produits européens, ce qui va de pair avec son isolationnisme. Il continuerait à soutenir Israël, mais sans chercher un accord de paix. Il agiterait une rhétorique martiale envers Téhéran, mais sans vision de moyen terme.

Comment l’Europe peut-elle réagir ?

On se rappelle aussi sa rencontre avec le dictateur nord-coréen, Kim Jong-un, restée un coup de communication sans lendemain. Enfin, certains de ses réseaux deviendraient plus actifs encore – ce fut déjà le cas avec son ancien conseiller Steve Bannon – dans son soutien à l’extrême droite européenne, menaçant l’État de droit. Il n’est point fortuit qu’un Viktor Orbán soit résolument trumpiste.

Comment l’Europe peut-elle réagir ? D’abord, s’armer plus, décisivement, passer réellement à l’économie de guerre. La conscience est là dans la majorité des pays européens, l’effort réel, mais il reste de la marge pour aller jusqu’au bout afin, car c’est la priorité, de permettre à l’Ukraine de gagner la guerre si Washington devait se retirer du combat.

Augmenter l’effort de défense européen

Ensuite, penser, acheter, construire européen : en raison de la protection américaine, beaucoup affichent une préférence compréhensible pour les États-Unis en matière d’industrie de défense. Si Washington l’abandonnait, et même par anticipation, nous devrions songer à être plus autonomes. C’est vrai aussi dans le domaine des big tech où, faute de masse critique, nous ne faisons pas le poids par rapport aux Américains et aux Chinois.

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Enfin, en cas d’abandon du parapluie nucléaire américain, il faudrait que nous, Français et les Britanniques, seuls détenteurs sur le continent européen, de la bombe atomique, repensions notre doctrine de dissuasion nucléaire. Notre effort de défense devrait être porté à 6-7 % du PIB. C’est vertigineux.

Nicolas Tenzer

 

 

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