La guerre en Syrie est sortie du radar médiatique : a-t-on oublié que ce conflit sanglant n’est pas fini ?

ASAAD AL ASAAD/SIPA

La Syrie est largement sortie du radar des médias, alors que la guerre continue de s’y déployer depuis 2011. Des vidéos récentes ont montré que la Russie y recrutait des Syriens fuyant la misère au prix d’un passeport russe, de quelques cigarettes et d’un téléphone. Est-il possible que cette guerre soit oubliée ?

Cette guerre a commencé le 15 mars 2011 lorsque les manifestations pour la liberté et la justice ont été réprimées avec une violence inouïe par le régime de Bachar el-Assad. Elle a causé la mort, selon les chiffres officiels, de 500.000 personnes, essentiellement des civils. Cela pourrait même grimper à 1 million si on tient compte des conséquences du conflit, selon le professeur Raphaël Pitti, médecin urgentiste.

La guerre en Syrie a causé l’exode de 6 millions de personnes à l’extérieur et de 6 millions de déplacés internes. Ces victimes sont majoritairement le fait du régime et de ses alliés russe et iranien. Plus de 100.000 personnes ont été assassinées dans les prisons d’Assad après des tortures d’une barbarie absolue. Rappelons que le criminel SS Alois Brunner avait aidé le père de Bachar, Hafez, à bâtir l’appareil de répression.

La guerre n’est pas finie. Dans la région d’Idlib, qui échappe au contrôle du régime, les bombardements de civils par le régime et Moscou se sont intensifiés. Assad a joué de sa formule « les djihadistes ou moi », alors qu’il avait libéré de ses prisons des combattants de Daech. Il a d’abord réprimé l’opposition modérée. En 2015, alors ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian rappelait que les frappes russes à 90 % ne visaient pas ce groupe terroriste.

Des incohérences de l’Occident, mais aussi des défenseurs des Palestiniens

Pourquoi ce silence et cette inaction ? Il faut pointer quatre incohérences. Celle d’Obama d’abord qui, en 2013, a refusé d’appliquer les lignes rouges qu’il avait lui-même définies après les attaques chimiques de la Ghouta, alors que François Hollande était prêt à frapper. Cela a été perçu comme un blanc-seing pour Poutine, d’attaquer l’Ukraine l’année suivante, et a eu pour conséquence la mort de centaines de milliers de personnes.

Autre incohérence, celle de certains défenseurs des Palestiniens aujourd’hui qui n’ont pas élevé la voix lorsqu’Assad a liquidé le camp palestinien de Yarmouk, faisant des milliers de victimes. Comme si le crime et l’impérialisme étaient réservés à l’Occident ! Or, tant l’Autorité palestinienne que le Hamas ont signé des accords avec Damas.

Netanyahou a également fait preuve d’incohérence, en n’ayant jamais condamné Assad ni la Russie, en échange d’un accord pour bombarder les milices iraniennes en Syrie, ce qu’il a peu fait avant le 7 octobre. Pourtant, l’ancien grand rabbin d’Israël Yisrael Meir Lau et le grand rabbin séfarade Yitzhak Yosef avaient parlé de « Petit Holocauste » et même de « Shoah » pour désigner les exactions du régime.

Notre inaction sème le terrorisme de demain

La quatrième incohérence est celle de l’Occident : Emmanuel Macron, dans une formule qu’il regrette, avait déclaré jadis qu’Assad, dont il reconnaissait les crimes, était l’ennemi de son peuple, non de la France. Un criminel contre l’humanité est pourtant l’ennemi de tous pour un universaliste conséquent.

Il faut agir en Syrie, non seulement pour des raisons humanitaires, mais aussi parce que le ressentiment provoqué par notre inaction sème le terrorisme de demain. La Syrie est devenue un bastion des forces iraniennes qui menacent toute la région. La Russie est renforcée par nos lâchetés et prend aussi la Syrie comme une source de chair à canon pour sa guerre contre l’Ukraine.

A lire aussi

 

Les États-Unis comme l’Union Européenne ont laissé des pays du Moyen-Orient, Égypte et États du Golfe, renouer des relations diplomatiques avec Damas et réadmettre la Syrie au sein de la Ligue arabe. Cela va à l’encontre de nos intérêts. Nous pouvons aujourd’hui, comme cela fut réclamé déjà en 2015-2016 au moment du siège et de la chute d’Alep, établir une zone de non-survol. Mais là comme ailleurs, suivant que Moscou gagne ou perde sa guerre contre l’Ukraine, le pays pourra connaître une transition démocratique ou continuera sa chute vers l’abîme. Ne pensons pas en sortir indemnes !

Nicolas Tenzer

 

Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale