« L’affrontement direct entre grandes puissances est redevenu crédible, mais pas probable », analyse Bruno Tertrais

Vyacheslav Prokofyev/SPUT/SIPA

L’OTAN vient de lancer son exercice militaire le plus important depuis la Guerre froide, des spécialistes évoquent une attaque de la Russie sur l’Europe d’ici 3 à 8 ans, et d’autres parlent même de 3ème Guerre mondiale. Dans ce contexte tendu, la dissuasion nucléaire résiste-t-elle encore ?

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique était l’invité de David Abiker sur Radio Classique à l’occasion de la publication de son livre « Pax atomica ? Théorie, pratique et limites de la dissuasion » (Ed.Odile Jacob). Quand on évoque une possible 3ème Guerre mondiale, « on parle sérieusement, mais on exagère les risques », explique-t-il.

« L’affrontement direct entre grandes puissances est redevenu crédible. Pas probable, crédible », nuance Bruno Tertrais, qui souligne que cette idée d’un nouveau conflit planétaire revient environ tous les dix ans. « Calmons le jeu : le risque est infiniment plus faible [que dans les années 50] grâce à la dissuasion nucléaire ». 

Nous avons appris à gérer les crises nucléaires avec sang-froid

Citant l’exemple de la Crise de Cuba, au paroxysme de la Guerre Froide, il évoque « un apprentissage » : « si on a peur de la guerre atomique, c’est à cause de cette crise ». Il souligne « la maîtrise politique des Occidentaux », à cette époque, saluant même en JF Kennedy « un héros ». Ces vrais dangers, poursuit-il, nous ont appris à gérer ces crises nucléaires avec sang-froid.

Est-ce encore le cas aujourd’hui, alors que la Russie brandit régulièrement le spectre d’une guerre nucléaire dans son conflit avec l’Ukraine ? Le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique répond positivement à cette question : « si la Russie n’attaque pas l’OTAN, c’est parce que la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont l’arme atomique. Si nous sommes prudents dans notre soutien à l’Ukraine, c’est aussi parce que Moscou a l’arme nucléaire ».

A lire aussi

 

Quid alors des déclarations de Vladimir Poutine en la matière ? « Je sais que mes propos vont surprendre, mais ce qu’il dit dans le domaine nucléaire est relativement modéré, conforme à la doctrine militaire russe. Le problème est qu’il encourage un discours [favorable à une attaque nucléaire] qui peut laisser des traces dans la politique russe ». Bruno Tertrais estime en tous cas qu’il n’y a « pas de raison de s’inquiéter aujourd’hui d’un possible recours à l’arme nucléaire de la part de la Russie ».

Béatrice Mouedine

 

Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale