Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est en visite à Pékin pour aborder avec son homologue chinois les questions les plus sensibles concernant l’Ukraine. Quels enjeux réels cache cette visite ?
Avant la guerre d’Ukraine, l’étoile de Sergueï Lavrov était au firmament : il passait pour un des diplomates les plus chevronnés et les plus rusés de la scène internationale. Mais depuis 2022, son étoile a singulièrement pâli en raison de ses discours enflammés en soutien aux diverses menaces proférées par Vladimir Poutine à l’encontre de l’Occident.
Le ministre des Affaires étrangères de la Russie, qui occupe ce poste depuis 2004, est passé du statut de diplomate respecté dans le monde entier à celui de propagandiste affublé de la disgrâce du paria. En visite en Chine, où il se rend pour y aborder les dossiers le plus sensibles, il a pour tâche de conforter les acquis entre Moscou et Pékin mais aussi de rassurer l’Empire du milieu.
Une « amitié sans limites »
Lavrov et son homologue chinois Wang Yi discutent de la situation en Ukraine, mais aussi de la situation dans la région Asie-Pacifique. Sur ces deux points, la Chine a eu beau affirmer par la voix de son leader suprême Xi Jinping qu’il existe entre Moscou et Pékin une « amitié sans limites », la divergence des intérêts est manifeste. Officiellement, la Chine s’efforce de respecter une forme de neutralité dans le conflit armé en Ukraine, mais elle est devenue le partenaire économique et technologique absolument indispensable de la Russie.
D’après les services américains, les Chinois fournissent aux Russes des renseignements géospatiaux vraiment cruciaux pour la poursuite de la guerre : des images satellites en abondance, de l’optique de précision, des composants microélectroniques, des machines-outils nécessaires à la production d’armement, des carburants spéciaux. La Russie est maintenant tributaire de la Chine comme elle ne l’a jamais été dans toute son histoire – tel sera le bilan de l’ère Poutine.
La Corée du Nord comme Etat-tampon
Concernant le dossier Asie-Pacifique, c’est la Chine qui paraît embarrassée par les menées de la Russie. Au mois de mai, Vladimir Poutine devrait normalement se rendre en Asie, pour rendre visite à ses deux alliés, la Chine et la Corée du Nord. Mais dans lequel de ces deux pays va-t-il se rendre en premier ? Pyongyang espère avoir la primauté, en raison de l’appui crucial fourni à Moscou en termes de livraisons d’obus.
De l’autre côté, les stratèges chinois considèrent évidemment que la Chine est primordiale. D’autant plus qu’ils observent avec inquiétude l’implantation de la Russie en Corée du Nord. Il ne faudrait pas que cette idylle aille trop loin, car les 28 000 soldats américains stationnés en Corée du sud, au sud du 38e parallèle, ne se trouvent qu’à 950 kilomètres de Pékin.
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Jusqu’ici, la Corée du Nord était un Etat-tampon qui garantissait un glacis à Pékin. Pour la Chine, qui veut maintenir la stabilité avec les Etats-Unis, la Russie ne doit surtout pas venir modifier la donne stratégique en Asie.
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