Etat islamique : Le Tadjikistan, nouveau chaudron djihadiste ?

Kristina Kormilitsyna/SPUTNIK/SIPA

Depuis l’attentat du Crocus City Hall à Moscou, le Tadjikistan, d’où sont originaires les terroristes incriminés, est sous le feu des projecteurs. Pourquoi ce pays est-il devenu un foyer djihadiste ?

Bien que Vladimir Poutine continue d’accuser l’Ukraine, les revendications effectuées par l’Organisation Etat islamique au Khorasan désignent clairement le Tadjikistan : parmi les auteurs de la tuerie de Moscou figurent majoritairement des ressortissants tadjiks ou d’origine tadjike. Du reste, l’Etat islamique au Khorasan adresse en priorité sa propagande aux Tadjiks – mais aussi aux Ouzbeks, aux Turkmènes, aux Kirghizes.

C’est le sens de l’emploi du mot Khorasan, vaste territoire géographique qui désignait dans l’Antiquité à la fois l’Afghanistan actuel et les régions environnantes qui s’étendent bien au-delà, à commencer par le Tadjikistan. L’Asie centrale est le nouveau foyer du terrorisme djihadiste international, le deuxième désormais après l’Afrique. Elle abrite des extrémistes bien plus radicaux que les Talibans, lesquels règnent en maîtres absolus à Kaboul depuis août 2021. Les Talibans ont notamment passé des accords avec les Russes, ce que les djihadistes ne pardonnent pas.

2.300 Tadjiks ont rejoint l’Etat islamique

Le Tadjikistan est le pays le plus exposé car il cumule toutes les difficultés. Avec une population de 10 millions d’habitants, il s’agit du pays le plus pauvre de la région. Il est affublé d’un régime post-soviétique répressif, corrompu et archaïque placé sous la férule du satrape Emomali Rahmon, au pouvoir sans interruption depuis 1992.

Ce régime est la cause d’une grande misère – près de 2 millions de Tadjiks ont quitté leur terre pour aller travailler en Russie, où, traités comme des citoyens de seconde zone, ils effectuent en général les tâches les plus ingrates. De quoi alimenter un vivier terroriste : environ 2.300 Tadjiks ont rejoint les rangs de l’Etat islamique depuis 2015. Emomali Rahmon, qui redoute les islamistes de tous bords susceptibles de le renverser, est par ailleurs l’ennemi déclaré des Taliban d’Afghanistan. Ce qui fait de lui une cible encore plus identifiée.

La Russie perd de l’influence en Asie centrale

Les Russes jouent également un rôle dans ce chaudron. Parmi les forces armées russes présentes au Tadjikistan pour soutenir le système Rahmon, soit environ 7000 hommes, près de 2000 ont été prélevés pour être envoyés en Ukraine. En vérité, l’invasion de l’Ukraine est venue fragiliser les positions de la Russie dans toute l’Asie centrale.

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Or une Russie qui n’est plus en mesure de soutenir solidement ses affidés, ses obligés, ses dévoués, bref ses vassaux, perd tout crédit dans la sphère d’influence qu’elle prétend conserver. Les djihadistes, eux, l’ont parfaitement bien compris.

Christian Makarian

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