Malgré l’attentat de Moscou, « L’Ukraine est clairement l’objectif numéro un » des forces armées russes selon le chercheur Marc Hecker

Sergey Bobylev/SPUTNIK/SIPA

Après l’attentat survenu vendredi 22 mars en périphérie de Moscou, dans la salle de concert du Crocus City Hall, dont le bilan s’élève actuellement à 144 morts et 285 blessés, le directeur de la recherche à l’IFRI et rédacteur en chef de la revue Politique étrangère Marc Hecker revient au micro de Radio Classique sur l’état de la menace terroriste islamiste dans le monde.

Deux jours après l’attentat meurtrier de Moscou, la France a annoncé avoir relevé à son échelon le plus élevé le niveau d’alerte « urgence attentat ». Une « sage précaution », pour Marc Hecker. Bien que « d’habitude, ce stade ‘urgence attentat’ [soit] utilisé quand il vient d’y avoir un attentat sur le territoire national », le chercheur souligne une décision des autorités à la fois politique, pour « montrer que les autorités sont présentes et prennent bien la mesure de cette menace », et sécuritaire car « il peut y avoir des effets d’entrainement quand un attentat se produit à l’étranger ».

La Russie est une « cible fréquente » du terrorisme islamiste, explique le rédacteur en chef de Politique étrangère, car elle constitue un « ennemi de longue date de la mouvance djihadiste » à cause de son engagement en Afghanistan dans les années 80, lorsqu’elle était encore l’Union soviétique, ou lors des guerres de Tchétchénie et plus récemment en Syrie ou au Sahel.

Daesh rappelle ce qu’a pu être Al-Qaïda

« Il y a eu de nombreux attentats qui ont touché la Russie ou les intérêts russes à l’étranger », rappelle-t-il. « Difficile » aussi pour le pays d’être « présent sur plusieurs fronts à la fois », alors que « l’Ukraine est clairement l’objectif numéro un » des forces armées russes.

Daesh, qui a revendiqué l’attentat du Crocus City Hall, « rappelle ce qu’a pu être Al-Qaïda à une époque », selon Marc Hecker. Comme sa consœur, Daesh a en effet débuté sous la forme d’une organisation pyramidale avant de se décentraliser. Mais cette décentralisation était pour Al-Qaïda un « moyen de survie » après la réaction des Etats-Unis aux attentats de 2001, alors qu’elle serait davantage pour Daesh le « moyen de la résilience ».

L’organisation terroriste aurait « prévu sa décentralisation dès l’origine » et prendrait désormais la forme d’une « nébuleuse » d’organisations locales partageant des objectifs et un appareil de communication communs.

Un contexte différent de celui des attentats de 2015

Si le déroulement de l’attaque de Moscou a suivi « un mode opératoire que l’on connait, de la mouvance djihadiste qui attaque des civils et qui cible des lieux où il y a beaucoup de monde », la scène internationale sur laquelle elle s’est produit n’est plus la même que lors de précédents attentats d’une telle ampleur, alerte Marc Hecker. Selon le chercheur, le monde se trouvait lors des attentats de 2015 à Paris dans une « ère stratégique de la guerre contre le terrorisme », qui constituait « un ennemi bien identifié qui était commun à plusieurs Etats ».

« Aujourd’hui, on est dans un monde plus complexe parce qu’on a la compétition, et parfois la guerre et les conflits entre Etats qui s’y sont rajoutés », explique-t-il. Avec, en prime, des Etats qui « peuvent être tentés d’instrumentaliser la menace terroriste » pour leurs propres intérêts nationaux.

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Daesh ne semble donc pas vraiment proche de la disparition, comme on l’a parfois annoncé. Aujourd’hui encore, « l’Etat islamique est dans une logique de guerre totale avec une volonté d’établir un califat mondial et de soumettre ses adversaires », estime le chercheur. Une lutte qui « dépasse l’affrontement entre musulmans et non-musulmans », rappelle-t-il, car « les principales victimes de cette organisation sont des musulmans ».

Ella Couet

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