Plus de deux ans après l’invasion russe de l’Ukraine, la guerre se poursuit à l’est de l’Europe. Le Général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, publie Ce qui nous attend. L’effet papillon des conflits mondiaux (Robert Lafon) et revient au micro de Radio Classique sur la guerre d’usure menée par la Russie en Ukraine.
« Ca ne fait aucun doute, cette année 2024 va être extrêmement difficile pour l’Ukraine », affirme Dominique Trinquand. Après deux ans de conflit, le pays serait en « manque de combattants » et « d’armement » et sa population « fatiguée » par la « guerre d’usure » menée par la Russie. Vladimir Poutine veut rendre la population ukrainienne « lasse de la guerre » afin qu’elle qu’elle « finisse par accepter ce qu’il propose indirectement aujourd’hui, c’est-à-dire un accord dans lequel il garderait le terrain qu’il a occupé », analyse le général.
L’armée russe mène des attaques contre le « pays profond » de l’Ukraine, notamment contre son système énergétique. Le site de Zaporijia, qui abrite la plus grande centrale nucléaire d’Europe, a été durement touché le 7 avril dernier. « C’est la première fois qu’une centrale nucléaire est au cœur des combats », observe Dominique Trinquand.
La stratégie de la « double frappe »
Bien qu’elle ne produise actuellement plus d’énergie, il s’agirait pour la Russie de jouer sur « l’inquiétude liée à l’absence d’énergie » et « la peur du nucléaire », selon le général. « C’est l’anxiété chez la population qui est recherchée par ceux qui frappent sur cette centrale », explique-t-il.
De telles frappes visant les infrastructures civiles constituent d’ailleurs des crimes de guerre, rappelle le militaire. Tout comme la stratégie du « double bombardement », ou « double frappe », utilisée par la Russie, qui consiste à bombarder un site une première fois, puis une nouvelle fois après que les secours soient arrivés sur place. « La première frappe n’est pas conforme aux lois de la guerre, et la deuxième c’est encore pire », commente-t-il.
10.000 nouveaux drones par mois
L’Ukraine s’adapterait aux stratégies utilisées par son adversaire et se serait à son tour mise à frapper la Russie « dans la profondeur », s’attaquant notamment à ses raffineries de pétrole. « Les Russes ont interdit l’exportation du gazole et de l’essence parce qu’ils n’en ont pas assez », souligne le général Trinquand.
L’Ukraine a selon lui réagi « comme une start-up » en se lançant dans la fabrication de drones afin de pouvoir mener ces attaques. L’armée ukrainienne disposerait ainsi de 10.000 nouveaux drones chaque mois. Mais cette « stratégie des mille coups d’épingle » est cependant annonciatrice d’une guerre qui « va durer », prédit-il.
L’Europe relance sa production d’armement
En termes de soutien étranger, Vladimir Poutine peut compter sur l’aide de la Chine, qui éviterait quant à elle que « la Russie n’aille trop loin », notamment en utilisant l’arme nucléaire. « La Russie qui veut redevenir une grande puissance a en fait réussi à devenir un vassal de la Chine », analyse cependant le général.
De son côté, l’Europe serait en train de « s’aligner complètement » sur l’Ukraine, à qui elle a voté une aide de 50 milliards d’euros en février dernier. Cet alignement « prend du temps », juge néanmoins Dominique Trinquand. Plus largement, l’Europe devrait s’organiser pour produire les équipements dont elle a elle-même besoin et entamer un « changement fondamental » pour sortir son industrie de défense de l’état de « fractionnement » dans lequel elle se trouve.
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Mais les européens « ont du mal à redresser la barre en termes de production d’armement » après trente années de désarmement, constate le militaire. « Aujourd’hui, la défense de l’Europe c’est l’OTAN », note-t-il.
Ella Couet
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