Aide humanitaire : Au Soudan, la communauté internationale démontre son impuissance

Stephane Lemouton -Pool/SIPA

Une conférence a réuni hier à Paris les principaux acteurs internationaux prêts à intervenir en faveur du Soudan, qui traverse une crise sans aucun précédent. Comment venir en aide au peuple soudanais ?

La pire des guerres actuellement en cours est aussi celle dont on parle le moins. Le Soudan est déchiré par un conflit aussi absurde que ravageur depuis un an. A l’origine des combats, on ne trouve rien d’autre qu’une rivalité entre les forces loyales au chef de l’armée et les troupes soulevées par son ancien adjoint ; les deux hommes se livrent une lutte sans merci qui s’effectue entièrement au détriment des populations civiles.

Sur les 8,5 millions de personnes ayant été déplacées à cause des tueries, on compte 6,7 millions de déplacés internes et 1,8 millions de personnes qui ont fui le pays. Les massacres ethniques à grande échelle sont récurrents, les exécutions sommaires monnaie courante, les violences sexuelles innombrables et la mortalité infantile insoutenable.

840 millions d’euros d’aide

Face à ce désastre, on assiste à un vide humanitaire. 25 millions d’êtres humains, soit presque la moitié de ce pays de 44 millions d’habitants, ont besoin d’une aide d’urgence, mais celle-ci couvre tout au plus 5 % des besoins. La communauté internationale démontre, une fois de plus, toute son impuissance.

Paris, étroitement associé à Berlin dans cette initiative, a accueilli le 15 avril une conférence internationale qui a regroupé des pays d’Afrique, du Golfe ainsi que les Etats-Unis, le Royaume Uni et la Norvège et a permis de lever plus de 840 millions d’euros de fonds. La France versera 110 millions, l’Allemagne 244 millions, l’Union européenne 350 millions et les Etats-Unis 138 millions.

Il s’agit certes d’une avancée vertueuse, mais elle ne représente qu’une goutte d’eau. La crise alimentaire au Soudan est en passe de devenir la plus grande jamais connue par l’humanité. On y retrouve tous les ingrédients des catastrophes, à commencer par l’impossible accès des humanitaires aux zones où la population est pigée par les combats qui l’entourent.

Une nécessaire ingérence humanitaire ?

Depuis la création de l’ONU, la communauté internationale, si l’on peut encore employer ce terme dans un monde devenu « apolaire », a mis l’accent sur l’arrêt des hostilités par la diplomatie, les forces d’interposition et la séparation des belligérants, et cela dans le respect de l’indépendance politique de tout Etat.

Mais on sait à quel point cette action est inefficace pour sauver des vies en période de guerre acharnée où chaque camp est prêt à tout pour arracher quelques mètres carrés dévastés à l’adversaire. L’action humanitaire d’urgence ne peut plus être empêchée par le principe de respect de l’intégrité territoriale d’un pays.

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Le recours unilatéral à la force pour venir en aide à des populations menacées de façon grave et imminente ne serait pas incompatible avec cette prescription. L’« ingérence humanitaire » n’a pas accédé au stade d’un véritable droit, mais l’ensauvagement du monde appelle le bousculement des priorités.

Christian Makarian

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