Civils tués lors d’une distribution alimentaire à Gaza : le résultat de choix politiques désastreux

Ismael Mohamad/UPI/Shutterstock/SIPA

En Israël, les négociations secrètes se poursuivent afin d’aboutir à une trêve à Gaza, après que des évènements dramatiques ont fait plus de 100 morts parmi les Palestiniens. Pourquoi un tel carnage ?

Alors que les actes antisémites suivent en France un rythme d’augmentation jamais vu, l’embarras des amis d’Israël face au sort subi par les réfugiés palestiniens atteint maintenant un point paroxystique. Jeudi 29 février, le terrible bilan d’une simple distribution de nourriture transformée en carnage a engendré un profond malaise, y compris parmi ceux qui n’oublient pas quel traitement le Hamas doit actuellement réserver aux quelque 130 otages israéliens.

On dénombre plus de 110 morts et plus de 700 blessés palestiniens dans l’ouest de Gaza. Les versions sont très contradictoires : chaos, scènes de pillage lors de l’assaut des 88 camions de ravitaillement, poids lourd roulant sur des corps, soldats israéliens pris de panique en voyant la foule se ruer vers eux… Les Palestiniens montrent leurs morts et leurs membres mutilés ; les Israéliens nient avoir délibérément tiré. Tout cela rend d’autant plus choquant le terme de « bousculade » employé par Tsahal.

Israël fait intervenir des convoyeurs privés

Cette effusion de sang est en réalité le résultat de choix politiques désastreux. Comme l’a très clairement dénoncé le général Gadi Eisenkot, ancien chef d’Etat-major, l’incapacité de Benjamin Netanyahu à mettre en place à Gaza une structure de remplacement aboutit au fait que 60 % de l’aide humanitaire finit concrètement entre les mains du Hamas. Lequel Hamas en profite pour reconstituer ses réserves au détriment de la population palestinienne.

Pour éviter cela, Israël préfère faire intervenir des convoyeurs d’aide privés, dont les noms ne sont pas divulgués. On sait seulement qu’ils viennent d’Egypte et qu’ils distribuent l’aide humanitaire et alimentaire aux Palestiniens, réduits à la famine, sans aucune coordination avec les autorités locales, qui sont évidemment acquises au Hamas.

L’administration Biden veut mettre une direction palestinienne « revitalisée »

Netanyahu s’est engagé dans une impasse. D’une part, il ne veut plus entendre parler de l’UNWRA, l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés, car Israël accuse cette instance de protéger certains employés palestiniens qui auraient participé au massacre du 7 octobre. D’autre part, l’extrême-droite, qui apporte un soutien essentiel à la majorité de Netanyahu, entend non seulement éradiquer le Hamas, mais aussi empêcher tout retour du Fatah à Gaza, alors qu’il gouverne l’autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie.

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A l’inverse, l’administration Biden, elle, s’escrime à mettre sur pieds une direction palestinienne « revitalisée », formée d’hommes issus du Fatah mais qui n’auraient pas de sang israélien sur les mains.
Dans ces conditions, il se confirme que le principal obstacle à une « déconflictuation » n’est autre que Benjamin Netanyahu lui-même.

Christian Makarian

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