Au 138ème jour de la guerre à Gaza, le président brésilien Lula et ses homologues colombien et bolivien mettent vivement en cause Israël. Comment et pourquoi ?
Dimanche dernier, à l’occasion du sommet de l’Union Africaine, à Addis-Abeba, le président brésilien Lula a soulevé un tollé mondial : « Ce qui se passe dans la bande de Gaza n’est pas une guerre, c’est un génocide… Ce qui se passe dans la bande de Gaza avec le peuple palestinien ne s’est produit à aucun autre moment de l’histoire. En fait, cela s’est déjà produit : lorsque Hitler a décidé de tuer les juifs ».
Lula a été aussitôt déclaré personnalité non grata en Israël. Mardi, c’est le président colombien, Gustavo Petro, qui a accusé Israël de commettre un « génocide » dans la bande de Gaza, exprimant sa « pleine solidarité » avec son homologue brésilien. Quant au président bolivien, Luis Arce, il a de son côté félicité le dirigeant brésilien « pour avoir dit la vérité sur le génocide commis contre le vaillant peuple palestinien ».
Le Brésil veut asseoir son rôle de leader du Sud global
C’est le point d’orgue d’une dérive qui a commencé à la fin de l’année dernière, lorsque la Colombie et le Brésil ont annoncé leur soutien à la procédure historique intentée par l’Afrique du sud contre Israël devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye. Selon ces pays, Israël aurait violé la Convention sur le génocide de 1948. Or la Cour ne s’est pas avancée ni prononcée quant à la question de savoir si Israël commettait ou non un génocide ; elle s’est contentée de demander à Israël d’empêcher tout acte éventuel de génocide. Ce qui n’est pas la même chose.
Que se passe-t-il au juste en Amérique latine ? Le Brésil a longtemps observé une tradition de neutralité face au conflit israélo-arabe. Mais il est vrai qu’en 2010, Brasilia avait été le premier Etat à reconnaître l’Etat palestinien. Il existe en Amérique latine une forte tendance tiers-mondiste, comme l’on disait naguère, à soutenir les guérillas. Mais il y a deux autres raisons.
Le président argentin, fervent partisan d’Israël
D’une part, le Brésil cherche à assoir son rôle de leader mondial du Sud global, spécialement au moment où ce pays assure la présidence tournante du G20, dont les ministres des Affaires étrangères sont, depuis hier, réunis à Rio de Janeiro. D’autre part, l’antiaméricanisme, vielle recette qui fait toujours de l’audience, est le langage commun de l’Amérique latine à l’Asie en passant par l’Afrique, et le Moyen-Orient, bien sûr.
A lire aussi
Seule exception, tout de même, le président argentin, Javier Milei, qui est un fervent partisan d’Israël. Anthony Blinken lui rendra visite dès demain à Buenos Aires. Car il y a urgence : la semaine prochaine, Javier Milei se rendra à Washington pour assister à une convention de conservateurs, où il rencontrera… Donald Trump, évidemment.
Christian Makarian
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale