Sa thèse est celle d’une guerre ingagnable par la Russie. La politologue au CNRS et au CERI, professeure à Sciences Po Paris, Marie Mendras était l’invitée de la matinale de Radio Classique ce mardi 30 avril. Elle assure que Vladimir Poutine est un « dictateur hors sol ».
Grande spécialiste de la Russie et l’Ukraine, qui a côtoyé à la fois Poutine et son opposant Navalny, Marie Mendras vient de publier un livre intitulé La Guerre permanente : L’ultime stratégie du Kremlin (éd. Calmann-Lévy). Alors que le ressenti occidental est celui d’un conflit remporté petit à petit par la Russie, la politologue assure que ce n’est pas le cas : « Il faut comprendre à quel point la situation est mauvaise [dans ce pays] » a-t-elle-même assuré au micro de David Abiker.
Le « dictateur » Vladimir Poutine « n’a plus aucun but de guerre. [Il souhaite] que ça dure ». Il miserait selon elle sur une « guerre permanente, parce qu’il n’a jamais voulu la paix, ni occuper toute l’Ukraine. La gouverner est au-dessus de ses moyens ».
Poutine « pris dans ses passions »
Poursuivant son analyse, Marie Mendras décrit un basculement de « l’homme Poutine » à l’hiver 2013/2014, lors de la seconde révolution des couleurs en Ukraine, qu’il n’aurait « pas supportée ». « Pris dans ses passions », il a alors occupé le Donbass « sans avoir jamais étudié le terrain ».
Elle invoque une « irrationnalité » chez Vladimir Poutine : « Il avait réussi à maintenir une position de puissance assez confortable en Europe, en dépit des guerres, des violences, des 11.000 morts dans le Donbass. Pourquoi a-t-il cassé tout ça ? » Elle souligne que l’annexion de la Crimée était « quasiment entérinée ». Il n’avait donc rien à gagner à pousser son avantage, résume David Abiker.
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Marie Mendras avance un élément d’explication : quelqu’un qui « lance autant de désinformations ne peut que se désinformer et s’illusionner [lui-même] ». Cette incapacité d’écoute isole le président russe, et l’affaiblit dans sa guerre face aux Ukrainiens « qui, eux, savent ce qu’ils doivent gagner : la fin de l’agression ». « Nous pouvons être positifs sur les mois qui viennent » conclut-elle.
Béatrice Mouedine
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