Guerre en Ukraine : « Les soldats ukrainiens que j’ai vus ne sont pas du tout prêts à négocier », selon le reporter Patrick Chauvel

Ukrainian President Press Office/SIPA

Patrick Chauvel, photographe sur les théâtres de guerre depuis plus de 50 ans, est venu parler sur Radio Classique de la guerre en Ukraine, qu’il a couverte. Il témoigne de conflits très intenses et de la différence d’état d’esprit entre des soldats russes démotivés et des Ukrainiens prêts à tout pour repousser l’envahisseur.

Ce conflit est « un monstre qui ressemble à la Seconde Guerre mondiale ou à la guerre de Corée »

Patrick Chauvel, reporter qui a couvert une quarantaine de guerres et a été blessé une dizaine de fois sur le front, est rentré d’Ukraine il y a trois jours. Il témoigne d’un conflit différent de tous les autres par son intensité et ses implications : c’est un « monstre qui ressemble à la Seconde Guerre mondiale ou à la guerre de Corée [1950-1953] » et qui « pourrait déborder en troisième guerre mondiale », s’inquiète-t-il. Les guerres civiles qu’il a couvertes ne déployaient pas une telle animation offensive, avec des bateaux de guerre, des combats aériens, des satellites et des armes européennes qui frappent directement les troupes russes. « J’ai l’impression d’assister pour la première fois à une « vraie » guerre », déclare-t-il.

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« Cette fois-ci, il y a la menace pour la paix mondiale ». Selon lui, il suffit que les bombardements russes à Lviv ou Odessa « ratent leurs cibles et touchent la Pologne ou la Roumanie » pour que l’OTAN rentre en guerre avec la Russie. Etant donné la contre-offensive ukrainienne et la posture fragilisée de Vladimir Poutine, sous le feu des critiques dans son propre pays, Patrick Chauvel conçoit mal comment les Russes pourraient retourner la situation sans « un million d’hommes ». Kiev fait 8 fois la taille de Paris et semble imprenable, mais il est trop tôt pour savoir la suite, nuance le photographe : « je connais suffisamment les conflits et faire des prévisions, c’est se tromper à chaque fois ».

Depuis 2014, les Ukrainiens s’entraînent aux techniques de guérilla selon Patrick Chauvel

Dépêché en Ukraine par l’hebdomadaire Paris Match, Patrick Chauvel a notamment rencontré un prisonnier russe de 19 ans, complètement perdu : « il a compris qu’il était en Ukraine en voyant le panneau Tchernobyl. Avant cela, il croyait être en manœuvre en Biélorussie ». Blessé et évanoui, il s’est réveillé prisonnier et totalement démotivé. Le reporter a aussi côtoyé les soldats ukrainiens pendant longtemps, impressionnants par leur « motivation » et leur « discipline » selon lui. La résistance des Ukrainiens dans les territoires occupés s’apparente à une véritable « guérilla urbaine », poursuit-il : « depuis le début de la guerre dans le Donbass [avril 2014], les Ukrainiens se sont préparés au cas où ». Conscients de leur avancée, « les soldats à qui j’ai parlé ne sont pas du tout prêts à négocier, c’est trop tard », affirme le photographe. Perdre cette guerre et se retrouver en cohabitation avec les Russes serait invivable, car le nombre de victimes côté Kremlin est si important que « les Russes se vengeraient d’une manière épouvantable s’ils tenaient le pays », rapporte-t-il. Les Ukrainiens sont « patriotes jusqu’au bout » et, portés par un « moral puissant », feront tout pour reprendre le Donbass ainsi que la Crimée.

Clément Kasser

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