Un exploit français : Mistral AI réalise une levée de fonds record pour concurrencer ChatGPT

Toby Melville/AP/SIPA

Mistral AI, l’entreprise française qui rêve de concurrencer le robot conversationnel ChatGPT de l’américain OpenAI, a annoncé ce matin une levée de fonds record : un petite prouesse, dans un contexte économique qui n’est pas très porteur pour les start-up.

Il y a trois ans, il suffisait de se baisser pour lever des fonds quand on avait une bonne idée. Les « venture capitalists », ces acteurs qui financent de nouvelles entreprises innovantes, ne savaient plus où mettre leur argent.

Avec la remontée des taux d’intérêt et les tensions actuelles sur le marché des start-up, le financement des jeunes pousses a considérablement chuté. Ainsi, seuls les meilleurs projets trouvent un soutien financier.

C’est justement là l’autre tour de force de Mistral AI : l’entreprise française n’a même pas un an d’existence et a pourtant réussi à lever presque 400 millions d’euros sur une valorisation de 2 milliards environ. Elle est devenue à une vitesse fulgurante ce que l’on appelle une « licorne » : une jeune entreprise valorisée à plus d’un milliard.

Les fondateurs de Mistral AI ont des années d’expérience passées chez les géants de la technologie

Comment expliquer ce phénomène ? Tout d’abord, Mistral AI opère sur un segment ultra-porteur, celui de l’intelligence artificielle. Depuis que les investisseurs ont mesuré le potentiel de ChatGPT il y a un peu plus d’un an, ils veulent tous financer des entreprises rivales pour prendre leur part d’un marché qui s’annonce gigantesque. L’IA va s’inviter progressivement à tous les niveaux de notre vie quotidienne.

Le deuxième facteur explicatif de la montée rapide de cette jeune entreprise réside dans le talent de ses fondateurs : ils ont été formés dans les meilleures écoles que le monde entier nous envie et ont tous des années d’expérience chez Google ou Meta-Facebook. En bref, ils ne partent pas de zéro.

La recherche dans l’IA est majoritairement ouverte à tous

Mais une petite entreprise française peut-elle véritablement rivaliser avec des géants américains qui ont levé des milliards de dollars ? Dans le secteur des nouvelles technologies, la philosophie du « winner takes all » revient souvent, selon laquelle le premier ramasse toute la mise.

Nous nous trouvons actuellement au début d’une course. Dans I’IA, une bonne partie de la recherche est dans ce que l’on appelle « l’open source ». Les lignes de code sont ouvertes, partagées et améliorées par la communauté des développeurs.

Mistral AI veut vendre des services personnalisés à des entreprises mais s’appuie sur un logiciel qui peut être amélioré par tout le monde. Il s’agit d’un avantage face à OpenAI qui, elle, se développe secrètement. Certes, l’entreprise américaine a dépensé beaucoup d’argent, mais il ne faut pas l’oublier, en grande partie pour de la recherche qui n’a pas abouti.

L’intelligence artificielle « made in France », un potentiel atout

Mistral AI pourrait profiter de la manière – à mon sens intelligente – dont l’Europe s’est accordée sur la régulation de l’IA. L’idée est de surveiller et d’encadrer les services puissants ou systémiques comme ChatGPT mais de laisser les start-up se développer relativement librement tant qu’elles n’auront pas atteint la taille critique.

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Enfin, le fait que Mistral soit français pourrait également séduire certaines entreprises européennes qui ne voudraient pas confier un service aussi critique à une boîte américaine.

David Barroux

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