Emmanuel Macron lançait il y a deux ans « France 2030 », un plan d’investissement de 54 milliards d’euros visant à faire de l’Hexagone un pays leader de plusieurs secteurs stratégiques d’avenir. Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, était l’invité de la matinale économique de Radio Classique spécialement consacrée à France 2030. Il rappelle que ce plan soutient « les innovations en dérisquant l’investissement privé ».
La France a donné dimanche son feu vert à un tout premier permis d’exploration pour de l’hydrogène blanc, naturellement présent dans le sous-sol du territoire. Cette autorisation témoigne de l’intérêt croissant du gouvernement et des industriels pour ce combustible naturel qui n’émet pas de CO2.
Selon le secrétaire général pour l’investissement chargé de France 2030 Bruno Bonnell, nous avons des poches d’hydrogène mais « n’allons pas vers l’autosuffisance » pour autant. La France se trouve cependant d’après lui « à l’aube d’une transformation radicale ».
L’hydrogène a effet deux utilités principales : il peut servir à se déplacer mais surtout à « décarboner » l’économie, « l’une des plus grandes missions de France 2030 ». L’ancien député rappelle que « 50% des budgets [du plan] doivent être alloués à la décarbonation, qu’elle soit industrielle, agricole ou du quotidien ».
Hydrogène : la petite mobilité pose encore des soucis de « rentabilité »
Des ministres et les PDG de Michelin et Stellantis ont inauguré en grande pompe ce mardi une usine de piles à hydrogène à Saint-Fons, près de Lyon. Elle emploie 750 salariés, et va permettre de passer d’une production de 16 00 véhicules à hydrogène actuellement chaque année à 50 000 véhicules d’ici à 2030.
« Nous voulons une voiture décarbonée » insiste Bruno Bonnell. L’enjeu réside en effet bien plus dans la « petite mobilité », qui pose encore des « soucis de rentabilité », que dans la « grosse mobilité », qui correspond au trains, aux camions ou aux avions.
Si des camionnettes tournant à l’hydrogène existent déjà, elles restent beaucoup plus chères que des véhicules à batterie. Le secrétaire général pour l’investissement ne souhaite cependant pas « basculer dans des subventions trop importantes » pour faire réduire ces prix. « Il faut des activités pérennes, nous ne voulons pas construire une économie sous perfusion. France 2030 soutient l’innovation en dérisquant l’investissement privé ».
En Europe, un équilibre nécessaire entre singularité et solidarité
Bien que la concurrence sur la plan de l’industrie décarbonée se fasse à l’échelle mondiale entre l’Europe et la Chine ou les Etats-Unis par exemple, Bruno Bonnell estime normal que « chacun [veuille] un peu montrer sa différence » sur le Vieux Continent.
L’un des gros atouts de la France réside selon lui dans le plan CMA (Compétences et métiers d’avenir), qui va permettre de « former jusqu’à 400 000 personnes à des métiers du futur dans l’hydrogène, le nucléaire ou la batterie ».
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Pour Bruno Bonnell, il est « normal que chaque pays joue sa carte, mais toujours avec la conscience aigüe que c’est de l’Europe qu’on trouvera des solutions plus globales à l’échelle de la planète ».
Paul Cassedanne
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