« Temps de cerveau disponible » : quand votre attention rapporte de l’argent

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L’économie de l’attention est aujourd’hui au centre de la valeur ajoutée. Il s’agit d’un concept assez ancien qui s’intéresse à la capacité d’un individu à prêter attention au sein d’un marché d’information saturé. Les entreprises exploitent une ressource rare, la concentration d’un individu, qui est par définition limitée puisque les journées ne durent que 24 heures. 

Sur le marché de l’attention, la ressource rare n’est plus le pain au chocolat ou la Tesla que vous devez attendre pendant six mois, mais vous. Vous êtes l’objet de ce qui produit de la valeur.

Dans un contexte où l’information devient de plus en plus abondante et difficile à filtrer, l’attention est de plus en plus rare. L’enjeu majeur est devenu de capter celle-ci en développant des stratégies et des méthodes précises.

C’est au cœur des objectifs d’une véritable industrie qui dispose d’un business model visant à absorber ce que l’on appelle parfois le « temps de cerveau disponible ». Naturellement, l’expression gêne car elle induit la volonté de générer un profit à partir de quelque chose de très intime. Soyons clair : nous nous faisons avoir mais nous sommes aussi des victimes consentantes.

Personnaliser l’information

Dans les années 1970, l’économiste américain Herbert Simon formalise l’idée d’un lien entre la rareté de l’attention et la surabondance de l’information. Dans les écoles de commerce, des méthodologies sont développées par la suite pour que le business model soit viable.

Vous connaissez tous ces plateformes gratuites où la publicité valorise l’attention que vous donnez. La première chose qui caractérise ces sites est la personnalisation de l’information. L’objectif : faire en sorte que le temps que vous passez à être captivé par une certaine information soit valorisable.

Ensuite, le marché de l’attention est caractérisé par la multiplication des intermédiaires entre vous, votre cerveau et ce que l’on essaye de vous vendre : les GAFAM, les vidéos, les blogs, les réseaux sociaux, les agrégateurs de nouvelles, etc… Ces vecteurs d’information ont un point commun : ils produisent un effet de réseau.

L’ampleur du marché pose des problèmes considérables de régulation

Personnaliser l’information pour un seul individu a peu d’impact. Le faire pour une dizaine de personnes en a déjà plus. Les conséquences sont encore plus importantes si cela concerne 2 000 000 d’individus ! Tout l’enjeu est de trouver un équilibre entre la massification et la personnalisation : deux processus qui s’alimentent mutuellement.

Le succès des GAFAM en particulier aboutit aujourd’hui à une concentration de marché extraordinaire posant des problèmes considérables de régulation. Il n’y a plus de limite d’échelle avec les géants de l’Internet : plus on est gros, plus on gagne.

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Les conséquences sur la santé publique sont assez dramatiques, comme en témoignent certains chiffres. Pour des bébés dont l’âge est compris entre 2 et 4 ans, l’exposition moyenne aux écrans atteint 2h45 par jour. Entre 8 et 12 ans, ce temps est de 4h40. Enfin, entre 13 et 18 ans, 6h40 sont passées quotidiennement devant un écran récréatif.

Natacha Valla

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