Il y a 4 ans, la pandémie de Covid19 a imposé un recours massif au télétravail dans les entreprises. Alors que seulement 25% des salariés français pratiquaient régulièrement le travail à distance en 2017, ce taux est passé à 36% en 2022. Selon l’économiste Claudia Senik, certaines limites du télétravail commencent cependant à apparaître.
Les économistes qui travaillaient bien avant la pandémie de Covid19 sur la pratique du télétravail avaient prédit que cette dernière resterait bien ancrée dans les habitudes des Français après la crise. C’est effectivement le cas : rares sont les entreprises qui ne proposent pas le télétravail à leurs employés lorsqu’elles en ont la capacité.
Mais le choix d’y recourir revient aux travailleurs eux-mêmes, rappelle Claudia Senik, membre du Cercle des économistes. S’il est devenu un critère majeur dans la recherche d’emploi pour de nombreux Français, certains rejettent totalement le télétravail, déplorant son « mauvais impact sur la santé mentale ».
Certaines firmes essayent de faire revenir leurs employés sur site
De nombreuses entreprises, particulièrement dans le secteur des nouvelles technologies, avaient pu facilement s’adapter à la crise du Covid19 en proposant à leurs employés de recourir exclusivement au travail à distance. « Aujourd’hui, ces mêmes firmes essaient de faire revenir leurs employés sur site parce qu’elles se rendent compte du nombre de choses que l’on perd lorsque l’on n’est pas en présence les uns des autres ».
Claudia Senik donne l’exemple d’un paradoxe qui peut prêter à sourire : le géant Zoom, qui propose un service de visioconférence utilisé par des millions de personnes dans le monde, a émis une nouvelle règle. « Lorsque l’on travaille à moins de 80 kilomètres de son employeur, il est obligatoire de venir sur site au moins deux jours par semaine ».
Des disparités dans la pratique du travail à distance selon les pays
Les limites du télétravail permanent s’étant petit à petit révélées aux entreprises et à leurs employés, « le travail hybride semblait être une solution optimale » selon Claudia Senik. Mais un problème d’ordre logistique apparaît : à quoi bon venir sur site si les autres sont en télétravail ?
Un système hybride impose une organisation particulière permettant de réunir les employés qui travaillent ensemble sur des projets certains jours de la semaine. « Finalement, je me demande si l’on ne se dirige pas plus vers un équilibre séparateur, avec des entreprises où tout le monde viendrait sur site, et d’autres où les employés travailleraient tous à distance ». La présence de télétravail ou non ferait partie de la nature même des entreprises.
Selon les pays, des disparités existent dans la pratique du travail à distance : les pays anglo-saxons comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Australie comptabilisent 1,5 jour de télétravail par semaine en moyenne, contre 0,6 en France selon l’économiste.
Le télétravail n’est pas envisageable pour certains métiers
Mais il ne faut pas oublier les métiers où le télétravail n’est tout simplement pas envisageable : des emplois de recherche, de créativité ou d’entrepreneuriat « où l’on a besoin de se voir ».
« Les personnes qui ont un métier où le télétravail est impossible voient-elle cela comme une injustice ? » demande François Geffrier à la professeure d’économie. « Cela peut être en effet une source de frustration » répond-elle.
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Pour compenser l’absence d’un avantage vu comme essentiel par de nombreux Français, certaines entreprises ouvrent un autre débat, en se demandant « s’il ne faut pas basculer à la semaine de 4 jours ».
Paul Cassedanne
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