A l’occasion de la 27e édition de la semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, Radio Classique s’est rendue dans un ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail). Plus de 170 000 personnes travaillent dans ces structures médico-sociales, où les tâches sont adaptées à leur handicap, qu’il soit moteur, mental ou psychique.
Dans cet ESAT de Gironde géré par l’Adapei (Association départementale de parents et d’amis des personnes handicapées mentales), le quotidien ressemble en de nombreux points à celui d’une entreprise classique.
Pourtant, les travailleurs employés n’ont pas le droit de grève, ne peuvent pas cotiser à une mutuelle ou même élire un représentant du personnel. La loi plein emploi, définitivement adoptée par le Parlement à la mi-novembre, et qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2024, permettra d’ouvrir ces droits aux travailleurs handicapés.
Bientôt une véritable mutuelle d’entreprise pour les travailleurs handicapés
Isabelle Baylère, coordinatrice à l’ESAT d’Audenge en Gironde, se réjouit de l’arrivée de nouveaux droits pour les personnes atteintes d’un handicap et de la plus grande fluidité dans les relations entre son établissement et les entreprises extérieures.
« Nous recevons de plus en plus de personnes handicapées psychologiques et ce public a la capacité de comprendre qu’ils n’avaient pas tout à fait les mêmes droits qu’en milieu ordinaire. Ils vont désormais avoir une mutuelle d’entreprise qu’ils n’avaient pas du tout jusqu’à présent ».
L’intégration en « milieu ordinaire »
Tina Rouhaud vient à l’ESAT deux jeudis par mois mais travaille désormais majoritairement chez McDonald’s. Si elle était réticente à rejoindre une entreprise « classique » lorsqu’elle a reçu la proposition, elle est maintenant rassurée de constater que son intégration « se passe très bien ».
« Je ne sais ni lire ni écrire », explique l’employée. « J’avais peur d’aller travailler en milieu ordinaire et que l’on me rejette. Depuis que j’ai signé mon CDI, je n’ai aucun souci et on me respecte » se réjouit-elle. Bien que de telles intégrations en milieu ordinaire restent encore rares, de plus en plus d’ouvriers suivent l’exemple de Tina Rouhaud grâce à une évolution récente appelée le « droit au retour ».
Vers un statut de salarié pour les travailleurs des ESAT ?
Si un contrat de droit commun comme un CDI ou un CDD ne fonctionne pas, dans le cas où la personne ne se sent pas suffisamment en sécurité en « milieu ordinaire », cette dernière peut demander à revenir dans une structure spécialisée dans l’accueil d’un public handicapé.
« Ce n’était pas le cas avant » explique Annouck Grechez, directrice de l’ESAT d’Audenge. Ce droit est de plus en plus utilisé : « rien que depuis le début de l’année, une dizaine de personnes ont signé des contrats de droit commun. L’année dernière, nous en avions accompagné deux ».
A lire aussi
Pour les associations, il est encore nécessaire d’aller plus loin et d’accorder aux travailleurs des ESAT le statut de salarié, qui permettrait de leur fournir une rémunération réglementaire sur le modèle du SMIC.
Zoé Pallier
Retrouvez toute l’actualité Société