La rémunération du patron de Renault, Luca de Meo, va être considérablement augmentée en 2024 et fait l’objet de nombreuses critiques. Décryptage d’une hausse qui polarise à Renault et à l’extérieur.
En France, les salaires des patrons ont toujours provoqué la polémique. Lorsqu’on annonce qu’un dirigeant d’entreprise qui gagne déjà plus de cinq à sept millions par an va sans doute pouvoir gagner quelques millions de plus, les critiques sont prévisibles. C’est ce qui est en train d’arriver avec le cas de Luca de Meo, qui a gagné 5,3 millions d’euros l’année dernière.
Cela représentait déjà une hausse de 19%, à laquelle il faut ajouter une prime de performance de presque 2 millions qui sera versée en 2026 si tous les objectifs fixés par le groupe sont atteints. Lors de la prochaine assemblée générale, la direction va en plus proposer aux actionnaires de garder la même structure, mais en revoyant nettement à la hausse la part fixe comme la part variable. Il est parti pour gagner plus lors de son second mandat à la tête de Renault.
Luca de Meo a atteint ses objectifs
Dire que cette hausse est justifiée serait un jugement de valeur, mais on peut dire qu’elle est justifiable. Sa rémunération augmente pour trois raisons. La première c’est que les résultats de Renault s’améliorent. Le groupe vend plus et gagne plus. La deuxième raison est qu’on lui a fixé des objectifs précis sur le terrain de l’électrification ou de la rentabilité et qu’il les a atteints.
Enfin, les patrons de l’industrie automobile qui réussissent sont tous très bien payés, très souvent bien mieux que lui. Il est arrivé dans une entreprise en crise dont il n’est pas le seul responsable du redressement; mais il y a joué un rôle, ce qui ne rend pas illogique que sa rémunération soit révisée à la hausse.
L’Etat et Nissan vont voter pour
Dans le passé, certaines assemblées générales ont refusé des hausses de salaires. C’est ce qui est arrivé à son prédécesseur Carlos Ghosn. Cela a des chances de passer cette fois parce que les actionnaires ont conscience que le job a été fait et que Luca de Meo est un patron avec une stature internationale.
Si on ne le paye pas au bon prix, il pourrait être tenté d’aller exercer son talent ailleurs. L’Etat, actionnaire qui contrôle 15% du capital et 30% des droits de vote, et Nissan, qui est l’autre gros actionnaire, vont en tout cas voter pour.
A lire aussi
Mais comme chez Stellantis, il faudrait que lorsque les résultats sont bons, tous les salariés, à commencer par les ouvriers, touchent des primes variables. cela ne représente pas des millions, mais des milliers d’euros qui peuvent compter. Il faudrait surtout que ces primes ne soient pas matraquées fiscalement et pouvoir associer davantage les salariés à l’actionnariat. Car l’écart se creuse entre les rémunérations des dirigeants et la base et cela en énerve certains. Si la rémunération de la base grimpe aussi, cela permet de faire taire en partie les critiques.
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique