« L’absence de productivité a quelque chose à voir avec la motivation profonde des salariés », s’inquiète le président de Renault Group

NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Le président du conseil d’administration de Renault Group, Jean-Dominique Senard, a signé le 21 février dernier une tribune dans laquelle il s’inquiétait d’un « désengagement » des Français au travail. Il est l’invité de la matinale de Radio Classique.

Dans ce texte publié par Le Figaro, Jean-Dominique Senard affirme que la baisse de l’engagement au travail ne « daterait pas d’hier ». « Une majorité de Français aujourd’hui considèrent que le travail n’est pas épanouissant », explique-t-il. Pour le président de Renault, le fait de considérer le travail comme une contrainte serait dû à un « manque de sens collectif » et « individuel ».

Dans un rapport rendu en avril 2023 et réalisé avec Sophie Thiery, présidente de la commission Travail et Emploi du Conseil économique social et environnemental (CESE), il conclue à un « déficit majeur de respect, d’écoute et de reconnaissance » envers les salariés qui serait à l’origine de ce phénomène. Les auteurs du rapport déterminent trois « leviers » qui définiraient le sens donné au travail : la finalité du travail, son contenu et ses conditions d’exécution. « Si vous n’avez pas les trois éléments ensemble, vous ratez ou bien le sens collectif, ou bien le sens individuel », affirme Jean-Dominique Senard.

« Les managers sont la clé »

L’homme d’affaires souligne également une baisse de la productivité du travail « très préoccupante pour l’attractivité du pays et surtout pour ses performances économiques dans l’avenir » et qui aurait à voir avec « la motivation profonde des salariés ». La solution pour inverser cette tendance résiderait dans la « responsabilisation ». « Si les salariés se sentaient responsables, reconnus et respectés, il y aurait probablement un élan nouveau dans le pays », avance-t-il.

Pour Jean-Dominique Senard, « les managers sont la clé » dans cette relance de la productivité. Il estime que leur rôle devrait être moins « hiérarchique » et devrait essentiellement consister à « développer les talents » et « résoudre les problèmes de [leur] équipe ». « Ce n’est pas de l’autogestion », précise-t-il cependant.

Une nécessaire réindustrialisation

Pour lui, les questions des salaires et des primes « n’ont de sens » qu’intégrées dans le système, « unique au monde », de participation et d’intéressement. il invite à se servir davantage de ces outils « pas assez utilisés aujourd’hui » et regrette que le salaire soit « un élément que les salariés ont en tête comme pratiquement le premier objectif ». Il ne suffirait pas pour « être épanoui au travail », affirme-t-il en estimant que Renault aurait « fait ce qu’il fallait » en termes de négociations salariales.

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La réindustrialisation est également une préoccupation centrale pour le président de Renault qui aimerait que la France dispose d’une « industrie extrêmement vivante ». « Il va falloir être compétitifs », soutient-t-il. Pour atteindre cette compétitivité, l’industrie a selon lui besoin d’une « énergie décarbonée mais en quantité et pas trop chère » et de maîtriser efficacement ses ressources, notamment celles nécessaires à la fabrication des batteries pour les véhicules électriques.

Ella Couet

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