Dargaud a presque 90 ans et la maison d’édition de Blake et Mortimer, Boule et Bill, Garfield, Lucky Luke ou XIII continue de publier des bandes-dessinées à succès. Son directeur général Stéphane Aznar revient sur près d’un siècle de création, au micro de Radio Classique.
Fondée en 1936 par le jeune Georges Dargaud qui a alors 25 ans, la société prend d’abord la forme d’un magazine de presse à publication régulière dans lequel apparaît notamment la version française de l’hebdomadaire Tintin, alors publié en Belgique. Mais pour son actuel directeur, c’est en 1960 qu’intervient l’« acte fondateur de Dargaud » avec le lancement du magazine Pilote, qui verra la naissance, sous forme de feuilletons, de nombreuses bandes dessinées devenues très célèbres.
Le secret de la réussite du magazine tient pour Stéphane Aznar au « duo de génies absolus » nommé par Georges Dargaud à sa direction : les scénaristes René Goscinny et Jean-Michel Charlier. Cette « dream team », comme il l’appelle sans hésiter, dénichera grâce à Pilote de futurs talents de la bande dessinée francophone comme Albert Uderzo, Gottlieb, Claire Bretécher ou Enki Bilal. Les années 1960, marquées par le lancement d’Astérix, sont « l’âge d’or de Pilote et de Dargaud ».
Les BD arrivent dans les librairies
« Petit à petit, ces séries créées dans le magazine Pilote vont devenir des albums », explique le directeur de Dargaud. Les œuvres restées jusqu’alors cantonnées au magazine « commencent à arriver dans les librairies » et se voient « offrir une nouvelle vie auprès de lecteurs ». Le « spectre » des publications est déjà « très large », raconte-t-il. « Déjà, la bande dessinée de Pilote, ce n’est pas juste de l’humour mais de la science-fiction, du western, de l’actualité ».
Dans les années 2000, Dargaud réalise un « passage de relai » après avoir perdu les droits sur une grande partie de la collection Astérix. La maison d’édition lance la collection Poisson Pilote dans laquelle elle va « donner la parole à des tous jeunes auteurs complètement inconnus à l’époque » comme Joan Sfar, Riad Sattouf ou Mathieu Sapin.
Une BD vendue sur deux est un manga
L’univers de la BD ne cesse d’évoluer. Bousculé par la « vague » des mangas, qui représentent aujourd’hui une bande-dessinée vendue sur deux en France, le secteur a dû faire des choix éditoriaux. Si Dargaud a « choisi de ne pas y être » afin de « rester un éditeur de bandes-dessinées franco-belge », selon les mots de son directeur, le groupe Média Participations dont il fait partie possède deux marques de manga, Vega Dupuis et Kana, éditeur entre autres du célèbre Naruto.
S’il doit également composer avec l’explosion du prix du papier, que Dargaud « gère avec beaucoup de difficultés », le secteur de la BD franco-belge « se porte bien » et constitue, d’après Stéphane Aznar, un marché « très dynamique qui est porté par une créativité incroyable ».
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La maison d’édition a enregistré plusieurs succès importants parmi ses ventes récentes, comme avec la bande-dessinée Un monde sans fin, co-écrite par Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici, vendue à un million d’exemplaire. Un « miracle » dans la vie d’un éditeur, se réjouit Stéphane Aznar. « Un million d’exemplaires sur un album à trente euros c’est plus qu’Astérix » en termes de chiffre d’affaires. Un signe, pour lui, de l’émergence de la « BD de reportage » ou « BD du réel », sur laquelle Dargaud a décidé de miser.
Ella Couet
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