Mortelle Adèle, Joël Dicker, Riad Sattouf : Pourquoi ont-ils créé leur maison d’édition ?

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Les auteurs de best-sellers font de plus en plus le choix de s’autoéditer, c’est le cas des créateurs de Mortelle Adèle, mais aussi Joël Dicker et Riad Sattouf. En décidant de se charger eux-mêmes de l’édition de leurs ouvrages, ces écrivains dessinent une tendance qui si elle se propageait, pourrait inquiéter les grandes maisons d’édition.

L’éditeur est un intermédiaire qui va récupérer entre 15 et 20% du prix d’un livre

Les maisons d’édition commencent à s’inquiéter car les auteurs de best-sellers sont de plus en plus nombreux à se passer d’un éditeur. C’est un épiphénomène qui est en train de devenir un phénomène de mode. Il y a en effet de plus en plus d’auteurs de best-sellers, ceux dont les livres se vendent systématiquement à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, qui basculent dans une forme d’autoédition. Ils quittent les grandes maisons historiques pour créer leur propre structure. L’an dernier ça a été le cas de Joël Dicker mais aussi d’Eric Zemmour dans un autre genre. Il est vrai que ce phénomène affecte toutes les formes de l’édition. Le grand nom de la BD Riad Sattouf a lui aussi sauté le pas. Kylian Mbappé l’a également fait pour un album autobiographique. Cette semaine, ce sont les auteurs de Mortelle Adèle qui viennent d’annoncer qu’ils quittaient Bayard. Cette bande dessinée est sans doute depuis quelques années, avec les mangas, le plus gros tirage des rayons jeunesse.

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Les auteurs font le choix de l’autoédition pour plusieurs raisons. Certains vous diront que c’est parce qu’ils ont le sentiment que leur éditeur ne s’occupe pas assez bien d’eux. Un Dicker dira qu’il le fait parce qu’il veut en fait créer une vraie nouvelle maison d’édition, et qu’il veut pousser des auteurs qu’il aime. D’autres vous avoueront que c’est aussi pour des raisons d’argent. En effet, un éditeur c’est un intermédiaire qui va récupérer entre 15 et 20% du prix d’un livre, hors TVA. Quand on vend des millions d’exemplaires, ça peut finir par faire beaucoup d’argent qu’on ne partage pas.

Un auteur qui s’autoédite ne va pas s’autodistribuer

Pour l’instant ce n’est pas un vrai problème pour les éditeurs car tant que cela reste des cas isolés, c’est gérable. Pourtant, si la tendance s’amplifie, cela va finir par devenir problématique car dans le business model de l’édition les grands succès permettent de gagner de l’argent et donc de financer des prises de risque. Les auteurs de best-sellers payent en partie pour les inconnus d’aujourd’hui qui seront peut-être les stars de demain. Si tous ceux qui gagnent beaucoup s’en vont, cela va provoquer un manque à gagner. On peut relativiser en disant que les maisons d’édition sont aussi des distributeurs. Ce sont elles qui gèrent la logistique du livre. Cela reste un métier très industriel mais surtout très rentable avec de vraies barrières à l’entrée. Ainsi, un auteur qui s’autoédite ne va pas s’autodistribuer. Pour être dans les librairies, il va s’appuyer sur de grandes maisons qui n’auront pas pris le risque d’éditer et de payer des droits en amont mais qui seront quand même rémunérées pour la partie distribution. Les Hachette, Editis et autres ne perdent donc pas tout.

David Barroux

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