EHPAD : « Tout le secteur a pâti de la quasi-faillite d’Orpea », assure la DG du groupe Clariane (ex-Korian)

ISA HARSIN/SIPA

Le secteur des EHPAD et des soins aux personnes fragiles a connu un véritable séisme en janvier 2022, après les révélations de maltraitances et de malversations financières pratiquées par le leader de l’époque, Orpea. Deux ans après ce scandale, Sophie Boissard, directrice générale de son concurrent Clariane, livre à Radio Classique sa vision de l’état du milieu.

Clariane est en « bonne forme sur le plan opérationnel », se félicite sa directrice générale. Elle salue le bon fonctionnement de l’alternance et des écoles de formation du groupe et de « très bons retours en termes de qualité et de perception », « le plus important » selon elle.

Le groupe, qui possède notamment les maisons de retraite Korian, les résidences de colocation pour séniors Agevie et l’entreprise d’aide à domicile Petits-fils, connait cependant d’importants problèmes de financement. « Tout le secteur a pâti très directement de la quasi-faillite d’Orpea », déplore Sophie Boissard. Les prêteurs d’Orpea, qui auraient perdu « cinq milliards d’euros au total », sont aussi ceux de Clariane.

Une succession de trois crises

La directrice générale souligne que tout le secteur a été « très affecté » par l’inflation qui, en s’élevant aux alentours de 10%, est largement supérieure à la limite réglementaire sur les hausses de tarif à 5% et aurait selon elle créé un « manque important ». Il aurait subi une « succession de trois crises » : la crise sanitaire du Covid, l’inflation et la crise de financements créée par l’affaire Orpea. Des crises plongeant les entreprises du secteur dans une situation « très paradoxale » à l’aube d’une « immense transformation, à la fois démographique et épidémiologique » qui ferait émerger des besoins « gigantesques ».

Le groupe Clariane a annoncé, fin 2023, un plan de désendettement d’un milliard d’euros. Sophie Boissard indique également une augmentation de capital de 300 millions d’euros, qui sera présentée à une assemblée générale « dans les semaines qui viennent » pour « renforcer le bilan » de Clariane et lui permettre de « repartir de l’avant ». Mais elle sollicite aussi des financements publics.

Un comité pour la loi « grand âge »

« Comment voulez-vous investir si aujourd’hui tous les financements bancaires et publics sont fermés ? », lance-t-elle au micro de François Geffrier. La directrice de Clariane demande un « plan concerté » pour « investir dans les infrastructures de soin ». Elle souhaite également que ces investissements « puissent être portés par des institutions privées ».

Si la situation n’est selon elle « pas uniquement un problème de finances publiques », elle appelle cependant de ses vœux une « prise de position extrêmement claire de la puissance publique » afin de permettre au secteur de « sortir de la crise de confiance de l’affaire Orpea ».

Les activités de santé et de soin occupent 10% de la population active

Dans la perspective de la loi « grand âge et autonomie » à venir annoncée par le gouvernement, Sophie Boissard déplore l’absence d’endroit « permettant aux différents acteurs de partager une vision publique et privée sur les besoins en ressources humaines, en formation et en investissements dans les infrastructures ».

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Un fonctionnement « absurde », pour la directrice générale de Clariane, alors que « les activités de santé et de soin occupent aujourd’hui 10% de la population active ». Elle demande la mise en place d’un « comité de filière » et la formation « du plus possible de professionnels de santé » afin de sortir de la « culture de la pénurie ».

Ella Couet

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